What time is it ou une brève histoire du temps dans un autre temps !

Cadran solaire Égyptien


La mesure du temps est une préoccupation ancienne, nécessaire à l'organisation sociale, religieuse et
économique des sociétés antiques. Les premières références utilisées par les hommes ont été les déplacements des ombres et le cycle lunaire. Une phase lunaire dure environ 7 jours, origine de la semaine. 

Clepsydre grecque


Les Mésopotamiens, et spécialement les Babyloniens utilisaient un système de numérotation positionnel 1 à base 60 dont il nous reste des traces importantes dans le découpage des heures en minutes et des minutes en secondes, ainsi que la numération des angles en degrés (360° pour un cercle)

L'heure a une autre origine. Initialement, les Égyptiens avaient découpé la nuit en 36 décans, chacun
correspondant à l'observation d'une ou plusieurs étoiles. Ce système fut simplifié il y a 41 siècles environ, vers 2100 avant JC,  et ramené à 12 décans. La nuit fut donc divisée en 12 parties, et ce uniquement pour les Pharaons, à des fins religieuses. Ce ne fut que 6 siècles plus tard que la journée fut, elle aussi divisée en 12 parties. C'est à cette époque que le premier cadran solaire fut inventé. Il ne tenait pas compte des saisons et divisait la journée en 12 heures, quelle que soit sa durée. Ainsi les heures d'été duraient plus longtemps que les heures d'hiver, ce qui n'avait pas beaucoup d'incidence en Egypte où la différence de durée du jour ne dépasse pas 40%, contrairement à nos contrées d'Europe où la durée du jour peut varier du simple au double. 

Les Romains utilisaient eux aussi une division de la journée en 12, la journée commençant au lever du jour et se terminant au coucher du soleil. Par contre, ils divisaient la nuit en 4 vigiles, la troisième correspondant à minuit. Le Grecs, de leur côté, divisaient le jour et la nuit en chacun en douze heures. 

Clepsydre à tambour
dessin de Mauclerc
1828



C'est ce système qui fut utilisé au moyen âge. L'heure correspondante est appelée heure temporaire. 

Cependant, les astronomes et les géographes ne pouvaient pas utiliser un tels système car ils avaient besoin d'un référentiel de temps invariable pour leurs observation et ont donc utilisé un système dit équinoxial et divisant le jour (au sens actuel) en 24 heures égales. Pour obtenir la durée de cette heure de référence, ils utilisèrent la durée de l'heure temporaire du jour de l'équinoxe. A partir du XVIIIe siècle on les appela heures solaires vraies, par opposition aux heures solaires moyennes données par la montre. L'heure équinoxiale est toujours d'usage, mais elle est maintenant définie par un multiple de la seconde, la seconde étant elle même définie par une propriété de la matière (en l’occurrence du césium 133), beaucoup plus précise que les définitions initiale.

Les cadrans solaires donnent l'heure solaire vraie et sont utilisés couramment par tout ceux qui ont besoin

Le Gros horloge de Rouen
Une des plus ancienne horloge
publique d'Europe, mise en place en 1389


de connaître l'heure (par exemple les prêtres pour sonner les différents offices). Les horloges mécaniques, quant à elles, apparaissent  au XIVe siècle. Elles succèdent aux sabliers et autres clepsydres. Initialement, elles ne font que sonner les cloches, ne disposant pas de cadran. Les aiguilles apparaissent plus tard. D'abord une pour marquer les heures, puis une deuxième pour indiquer les minutes. 

C'est l'horloger John Harrison  qui invente le chronomètre portable, en 1737. C'est un objet dont le prix est élevé.

Horloge atomique

Tout cela nous permet de comprendre que le monde d'alors vit au rythme du soleil, et qu'à un instant donné, il n'est pas la même heure à Strasbourg qu'
à Brest ou Paris. Mais le paysan, qui se lève et se couche avec les poules n'en a que faire. Peu lui importe qu'il lui faille 3 ou 4 heures pour labourer son champ, ou 2 pour aller au village voisin vendre son fromage. Pour lui, le travail doit être fait tel jour. Et c'est tout. Il a une idée du temps qui passe car les cloches de l'église indiquent les différents moments de la vie relieuse. Matines, primes, laudes, etc.  sont sonnées par la cloche de l'église et sont autant d'indications pour la population. C'est le coq qui sert de réveil. Il en est de même dans les villes.

Mais une invention a bouleversé l'ordre du monde.  L’avènement du chemin de fer, et la multiplication des liaisons entre les grandes villes, a imposé d'utiliser une heure une même heure partout dans le pays, sinon il aurait été impossible d'éditer des indicateurs fiables, d'avoir des trains à l'heure, etc. Il y eu même une temps, au début, où l'heure affichée dans les gares était en avance de 5 minutes sur l'heure réelle, les trains partant eux à l'heure réelle. Pour la France, l'heure choisie fut celle du méridien de Paris, puis celle du méridien de Greenwich. Je ne parlerai pas des heures d'hiver et heures d'été, ou des accidents tels que l'heure allemande.

Note: 


1 Un système de numérotation positionnel désigne un système de numération dans lequel chaque chiffre utilisé a une valeur qui dépend de sa position, chaque position correspondant à une puissance du nombre de base, comme le système à base 10 usuel. Ainsi un nombre comme 123  est égal à 1 fois 100 plus deux fois 20 plus 3 fois 1, par opposition à un système additif où les chiffres utilisés doivent être additionnés pour connaître la valeur du nombre. Le système de chiffres romains est un système additionnel évolué (dans le sens où, par exemple, IX signifie 9, on a soustrait 1 à 10 car le I est avant le X) , dans lequel notre nombre 123 est écrit CXXIII: Il faut additionner 100 (C) 2 fois 10 (X, écrit 2 fois) et trois fois 1 (I écrit 3 fois)



Vallon sur Gée

 

Extrait du Dictionnaire géographique et administratif de la France
 et de ses colonies. VII. Se-Z

publié sous la direction de Paul Joanne 
publié de 1890 à 1905
page 5070
Gallica

Vallon sur Gée, à l'époque qui nous , intéresse, c'est à dire vers la fin du XIXe siècle, est une petite ville de la Sarthe, proche de Loué. Elle est peuplée à cette époque de 926 habitants selon le Dictionnaire géographique e administratif de la France et de ses colonies (voir extrait ci-contre). La population actuelle est de 782 habitants (selon wikipedia)

C'était donc une bourgade un peu plus peuplée à cette époque que de nos jours. 
La population n'était donc pas trop grande à cette époque, mais le village disposait tout de même de deux écoles publiques, une de garçons et une filles très vraisemblablement, d'un hospice équipé de 16 lits pour accueillir les anciens ne pouvant pas vire seuls en raison de leur grand âge ou de leurs infirmités. La commune disposait aussi de services publics. Le dictionnaire cité plus haut mentionne une perception, une poste, un notaire et une gendarmerie à pied à laquelle était affecté  Adolphe Bleu
Un certain nombre de fêtes tout au long de l'année, et les jeudis, jours de marché, il y avait certainement plus de monde en ville et plus de travail pour les gendarmes affectés en ce lieu. 

Vallon sur Gée était sur la ligne de tramway  du Mans jusqu'à Saint-Jean-sur-Erve, ligne unique à voie métrique, et unique. La ligne faisait  56 km, dont 52 km dans la Sarthe et 4 km dans la Mayenne. Vallon sur Gée était qu kilomètre 27, ce qui devait la mettre à une heure du Mans (c'est une hypothèse). Par contre je ne sais pas en quelle année il a été mis en service, sachant que la décision de construction s'est faite dans les année 80 (du XIXe siècle, pas les notres !!)

Ci-dessous, quelques images de Vallon sur Gée, glanées au fil d'internet,en attendant de dégoter quelques carte postales anciennes et d'aller y faire un tour prendre mes propres photos

    















Une journée avec nos ancêtres paysans

Dans les campagnes, la vie était marquée par le rythme des saisons et des tâches agricoles, le marché hebdomadaire et la messe dominicale. J'en ai déjà parlé dans de précédents articles. Des fêtes périodiques, bien souvent annuelles et presque toujours religieuses s'invitaient dans le déroulement ancestral de l'année.

Un autre tempo rythmait la vie des paysans,  celui, immuable depuis la nuit des temps, des tâches quotidiennes. 

Une journée typique reflétait une routine intense mais cohérente, où chaque moment était dicté par le travail de la terre.


Le départ pour les champs


La journée commençait bien avant l’aube. Les paysans se réveillaient au chant du coq et commençaient
par raviver ou allumer le feu pour chauffer la maison. La mère de famille préparait   un repas frugal à l'aide de ses filles lorsqu'elle en avait, de la grand mère si elle habitait avec la famille et en était encore capable,  : pain, lait, soupe, voire même cidre ou vin . Ce moment était souvent le seul de la journée, à part la veillée, où la famille se retrouvait brièvement ensemble.


Eux aussi partent travailler




Les hommes partaient travailler dans les champs. Les jeunes garçons participaient au travail très jeunes et accompagnaient leurs aînés. Equipés de leurs araires, charrues, faux et autres outils, menant leurs bêtes de trait, bœuf ou cheval,  ils labouraient, semaient, récoltaient ou entretenaient les cultures. Il arrivait souvent qu'un paysan aie à s'occuper de plusieurs parcelles. La sienne s'il était propriétaire, et d'autres qu'il pouvait avoir en fermage s'il en avait les moyens financiers. Ou bien une ou deux parcelles qu'il louait, bien évidemment éloignées les unes des autres !  Aussi un jour allai-il travailler ici avec ses garçons et ses employés, l'autre jour ailleurs. Et s'il avait fini chez lui, il pouvait aller aider d'autres paysans du village.


L’effort était constant tout au long de la journée. Seule une courte pause pour un repas  que la mère avait préparé et qu'il avait amené divisait la journée en deux parties. Ce repas lui aussi était assez frugal, souvent composé de fromage, de charcuterie , de pain et de cidre ou de vin.

Ne possédant souvent pas de montre, seule la course du soleil dans le ciel et les cloches de l'église du village pouvait donner au paysan une indication sur l'avancement de la journée.


Pendant ce temps, les femmes s’occupaient du potager, de la basse-cour et des tâches domestiques. Elles transformaient le lait en beurre, filaient ou tissaient. Les filles participaient aux travaux domestiques des leur plus jeune âge, et toutes surveillaient les enfants les plus jeunes encore incapables de travailler. 

La pause déjeuner
Fond Georges Maroniez
Gallica

Par moment, les paysans se déplaçaient au village, mais ces occasions étaient rares. Elles brisaient quelque peu le rythme journalier mais permettait d'échanger avec les voisins. 

Le coucher du soleil marquait la fin des travaux en extérieur. A ce moment, les volailles avaient rejoint le poulailler, le paysan avait conduit les bêtes à l'étable ou à l'écurie. Il est des époques où il ne fallait pas traîner dehors la nuit!

C'était alors l'heure du dîner, préparé par les femmes pendant l'après midi. Le repas était simple, mais nourrissant, comportant soupe et pain, commençant après une prière. Le chef de famille pouvait profiter du repas du soir pour parler de la journée à venir, des plans d'avenir,  sermonner ou féliciter un de ses fils ou de ses domestiques qui l'aurait mérité. Bien souvent, la mère de famille servait les hommes et se tenait à l'écart de la table. Dans ce cas, les femmes dînaient à part.

Suivait la veillée au coin de la cheminée, éclairée chichement par le feu et une chandelle. C'était l'occasion de transmettre à la famille les nouvelles entendues lors des déplacements au village, de raconter les histoires de la famille ou les légendes locales. 

La veillée était un moment de convivialité entre tous les membres de la maisonnée. Parfois même "mutualisée" elle se déroulait par roulement dans les deux ou trois maisons qui composaient le hameau lorsque la ferme n'était pas complètement isolée. La veillée devenait alors un moment de rencontre pour les jeunes gens.

Enfin, on ne se contentait pas de raconter et d'écouter des histoires. La veillée permettait à la famille de s'adonner à différentes formes d'artisanat. Les longues soirées d'hiver permettaient de réparer les outils, de tisser, de faire de la vannerie et quantité d'autres activités.

Nos ancêtres ruraux vivaient en symbiose avec leur environnement, maîtrisant les cycles naturels et recyclant chaque ressource. 

Leur mode de vie a  été la source de nombreuses traditions et valeurs encore présentes dans nos sociétés modernes, bien qu'amoindries. Il demeure un témoignage précieux d'une époque où la vie quotidienne suivait les rythmes simples mais essentiels de la terre.


Tisserands

Le tisserand
Wentzel, Jean Frédéric (1807-1869)
1847
Gallica

Après avoir parlé des dentellières, des fileuses et des filature, il est temps de intéresser un peu au
x tisserands, que l'on retrouve un peu dans toutes les ascendances. Je parlerai de ceux de mes ancres qui étaient tisserands dans un billet ultérieur. Aujourd'hui, nous nous préoccupons de leur métier.


Les tisserands occupent une place particulière dans l’histoire des sociétés. Leur  métier est ancestral et a marqué l’évolution économique et culturelle de nombreuses civilisations. Ces artisans du textile, ont joué un rôle déterminant dans le développement des groupes humains, de l’Antiquité à l’ère industrielle. 

 Tisserand du Val de Liepvre
 Lix, Frédéric Théodore. Illustrateur
Hachette, 1899
gallica
On rencontre des tisserands dès la préhistoire. Les hommes d'alors commencèrent à utiliser des  fibres végétales pour la fabrication  de tissus rudimentaires. Les civilisations antiques,  en Égypte, en Mésopotamie et en  Chine, ont perfectionné les techniques primitives pour produire des textiles de grande qualité. Ces étoffes étaient souvent utilisées comme monnaie d’échange ou symbole de richesse.

Dans les sociétés européennes médiévales, les tisserands étaient des artisans essentiels. Ils se regroupaient
souvent en corporations ou guildes afin de protéger leur savoir-faire, et de le transmettre à  leurs apprentis. Les fibres comme le lin, la laine et, plus tard, le coton étaient transformées à la main sur des métiers à tisser rudimentaires.


Tisserand en Flandre
1695
Gallica

La technique de tissage repose sur l’entrecroisement de fils de chaîne (tendus sur le métier à tisser) et de fils de trame, créant ainsi des tissus variés selon les besoins et les goûts. Les métiers à tisser, simples au départ, ont évolué au fil des siècles. À l’époque médiévale, le métier vertical était courant en Europe, puis les métiers horizontaux dominèrent dès la Renaissance.

L’avènement du métier à tisser mécanique (invention du métier Jacquard en
tre autres,  début du XIXe siècle ) révolutionna le métier. Ce dispositif permettait de produire des motifs complexes automatiquement, réduisant la nécessité d’un travail manuel intense mais provoquant aussi la disparition progressive des tisserands indépendants, qui furent remplacés par des salariés travaillant dans des conditions difficiles pour de bas salaires.


Au Moyen Âge, le tissage était une activité clé dans les économies locales. Les tisserands travaillaient à domicile ou dans de petits ateliers, souvent en famille. Le commerce des textiles stimulait les échanges régionaux et internationaux. Par exemple, les draperies flamandes du XIIIe siècle étaient réputées dans toute l’Europe.

Georges Maroniez (1865-1933)
Photographie prise probablement au Caire.
Tisserand au coin d'une rue 
Gallica


L’industrialisation des XVIIIe et XIXe siècles a bouleversé cette dynamique. Les tisserands traditionnels ont dû faire face à la concurrence des manufactures mécanisées qui les ont rapidement supplantés, et remplacés, comme évoqué plus haut, par une main d'oeuvre mal payée et sur exploitée.  Cela a provoqué des conflits sociaux importants, tels que les révoltes des Canuts à Lyon (plusieurs soulèvements entre février 1831 et 1834) lorsque les ou
vriers du secteur réclamèrent de meilleures conditions de travail.

Chaque région a ses propres traditions textiles, avec des motifs, des couleurs et des techniques spécifiques. En France, par exemple, la région de Lyon s’est distinguée par sa soie, tandis que la Bretagne produisait des tissus en lin et le Nord des draperies.

Si le tisserand traditionnel a largement disparu dans les pays industrialisés, son héritage perdure grâce à l’artisanat et aux mouvements de valorisation des savoir-faire locaux. Dans certaines régions du monde, comme en Inde ou au Pérou, le tissage artisanal reste une activité économique importante.


Les tisserands ont contribué à façonner non seulement des tissus, mais aussi des histoires et des identités culturelles. Leurs outils, leurs productions et leurs récits demeurent une richesse inestimable pour les historiens et les amateurs de patrimoine, et leur mémoire continue de tisser des liens entre le passé et le présent.

Dans un article à venir je parlerai de Jacques, Joseph LAFFEZ  (1738- avant 1819 ) , ouvrier drapier à Lille

Signatures et marques personnelles


Les signatures et marques personnelles sont des marqueurs d'identité et de distinction qui permettent en quelque sorte d’authentifier, d'approuver un document par le propriétaire de la signature ou de la marque. 

La signature de Théodore Jules LAFFEZ
sur son acte de mariage en 1880 à Vannes
Pour la partie patronyme, la mienne ressemblait beaucoup à cela
il y a près de 40 ans, et avant
d'avoir vu celle-ci
Ces éléments deviennent des marqueurs d’identité, de transmission et de distinction au fil des générations. Les signatures manuscrites, par exemple, figurant dans les actes notariés, registres paroissiaux ou documents d'état civil, offrent un aperçu direct de la personnalité ou du niveau d'éducation de n
os ancêtres. Ces traits peuvent même révéler des indices sur leur région d'origine ou leur métier. Certaines signatures peuvent parfois même se retrouver presque à  l'identique pour deux individus de la même lignée. 

La signature de Noël ROUSSEL voisine avec
la marque de Guillemine HAMMAR
sa seconde épouse, au basde leur
acte de mariage en 1680
à Beaulandais, Orne


Les marques personnelles, quant à elles, s"expriment souvent sous la forme de blasons, de devise, de surnom ou encore d'habitudes culturelles transmises de génération en génération. Ces éléments étaient parfois codifiés pour marquer l’appartenance à une communauté spécifique ou pour souligner un statut social.

 En France, par exemple, les surnoms ont souvent évolué en noms de famille (comme "Roncin," qui signifie en ancien français "cheval de charge") 

Les signatures et marques personnelles ne sont donc pas uniquement des éléments esthétiques: Ce sont des des marqueurs de la personnalité et de l'instruction de ceux qui les apposent au bas des documents officiels auxquels elles sont destinées. Elles sont des indices précieux dans l'histoire d'une famille et permettent de comprendre un tout peu mieux l'identité des anciens qui nous ont précédés.


Le sceau de Charlemagne
Archives départementales de l'Aude



Rythmes saisonniers

Dans les temps passés, avant la révolution industrielle, la vie s'organisait en fonction de deux rythmes distincts, hebdomadaire et annuel.

Le premier, ponctué essentiellement par la messe dominicale et le marché hebdomadaire, est commun aux campagnes et aux villes. En effet, que ce soit dans les villages ou les grandes cités, le marché offre l'opportunité aux paysans d'écouler leur production et aux citadins de se fournir en produits frais, même si des épiceries, boucheries, charcuteries, boulangeries et autres commerces de bouche sont présents en ville.. Les deux modes d'approvisionnement n'étaient pas incompatibles, tout comme aujourd'hui. Quant à la messe, il était assez mal vu de ne pas y paraître. Les seuls à n'avoir pas obligation de fréquenter les église étaient les membres des autres religions, qui selon les périodes, pouvaient vivre au grand jour ou devaient se cacher. La révolution a assoupli cette obligation morale qui a pu demeurer vivace par endroit pendant encore longtemps.

Le rythme annuel par contre n'était pas le même en ville et à la campagne. Si les fêtes religieuses demeurent les mêmes, il se greffe à cela des événements différents que l'on habite en campagne ou en ville.

Ainsi, dans les campagnes, la vie était organisée selon le rythme des cultures ou des élevages. Pour les cultivateurs se succédaient la saison des labours, suivie des semailles et finalement de la moisson où ils récoltaient le fruit de leur travail annuel. Dans le même ordre des choses, l'éleveur devait composer avec la période des saillies, la gestation, la mise bas, la transhumance, etc.

Tous ces événements donnaient souvent lieu à des célébrations, des festivités, intervenant à intervalles plus ou moins régulier. La fête des moissons, la bénédiction des bêtes avant la transhumance étaient autant de marqueurs temporels dans la vie de nos ancres paysans.

A cela pouvaient aussi s'ajouter une foire annuelle, par exemple une foire aux bestiaux pour la revente d'une partie du cheptel.

Bien entendu, dans les villes, dès lors qu'elles furent suffisamment importantes pour perdre définitivement tout caractère rural, il ne fut plus question  de tenir compte d'une période de labour ou de transhumance animale. Il ne resta aux citadins que les fêtes religieuses communes, dont Pâques était la plus importante, et les foires.

La foire de Gondreville
Jacques Callot, graveur
Entre 1621 et 1625
Gallica
Ces foires, attiraient les populations locales et les visiteurs des régions voisines. Au-delà de leur fonction commerciale, elles servaient aussi de lieux de divertissement, avec des spectacles et des activités récréatives. Elles permettaient aussi de distinguer les exposants lorsque leurs produits étaient d'excellence.


L'importance des foires et celle des marchés étaient telles que bien souvent ces événements ont perduré jusqu'à nos jours, et que d'autres moins anciens ont été créés au moment de l’essor des villes

A titre d'exemple:

La braderie de Lille




La braderie de Lille
, le plus grand marché aux puces d'Europe, tient son origine dans la foire de Lille, attestée dès 1127, qui a changé plusieurs fois de nom et de forme au cours du temps, mais qui est toujours là.

 Les quatre jours du Mans, foire annuelle créée en 1929, succédant à des foires moins régulières existant depuis 1836 qui venaient elles même en remplacement de foires agricoles diverses.

La foire de Paris, depuis 1929 

Le marché de l'Aigle
Collection personnelle

Le marché de l'Aigle
, qui se tient tous les mardis matins, et ce depuis le moyen âge, du Xe ou XIe siècle. On raconte  qu'à cette époque, afin que les gens venant à pied ne se perdent pas dans le brouillard (et il y a en a, j'en sais quelque chose, habitant à côté!) on faisait sonner les cloches de l'église

    « Tous les mardis matins, il y a dans la ville de L’Aigle un marché où l’on vend des légumes, du beurre, des œufs, du fromage, des fruits et autres choses excellente » (Comtesse de Ségur, dans les malheurs de Sophie)




Qu'est-ce qu'un chicoretier

Un chicoretier (ou chicoratier) était un ouvrier ou un artisan spécialisé dans le traitement de la chicorée, une plante utilisée pour fabriquer un succédané de café. La chicorée, une fois séchée et torréfiée, pouvait être moulue et consommée comme une boisson de substitution au café, populaire notamment en France.

 Le chicoretier était donc un des ouvriers intervenant dans la préparation de la chicorée pour sa consommation, spécialisé dans la torréfaction. 

C'est le métier attribué à Alfred Victor LAFFEZ, sont il a été plusieurs fois été question sue ce blog.

Le terme chicoretier désigne aussi l'industriel dont l'activité est la transformation de la racine de chicorée en grains ou poudre de chicorée et sa revente. 

Annonce d'emploi
Le matin 03/0601915
Gallica

Ce métier, dont on n'entend plus parler, a connu un développement important au cours du 19e siècle, en raison du blocus continental, dont l'application à impliqué la raréfaction du café et la hausse de son prix. 

Les périodes de guerre sont aussi des périodes propices à sa consommation, toujours en raison des pénuries de café. Le recrutement ne devait pas être facile en période de conflit, la majorité des ouvriers étant partis au front.

Fabrique de chicorée de Charles Hecht, à Strasbourg
1850
Gallica

De plus,  la chicorée apporte des fibres utiles à la digestion et en cas de constipation passagère. Elle contient notamment une fibre soluble fermentée par les bactéries présentes dans le microbiote, l'inuline, dont l'effet prébiotique soutient la flore intestinale". Elle est riche en minéraux, soutient le fois, est source d'anti oxydant et sans caféine. Cela pourrait lui apporter un regain d’intérêt, 

Historiquement, les égyptiens en consommaient déjà il y a 3600 ans comme plante digestive et dépurative. Au  moyen age on l'utilise en Europe comme plante médicinale (recommandée par Charlemagne par exemple, dans le capitulaire "De villis")

L'utilisation comme succédané de café remonte, elle, à la fin du XVIIe siècle et au XIXe, en raison de la

Publicité de 1911
Gallica

révolution française et  du blocus continental. D'abord présente aux Pays bas, sa culture se repend dans le nord de l'Europe: Nord de la France, Allemagne, Angleterre


Plusieurs étapes sont nécessaires à la préparation de la boisson:

La racine de la plante est utilisée.

1) Transformation en cossettes:  Les racines sont lavées et débités en lamelles 

2) Séchage: Il peut être fait à l'air libre, ou encore dans un hangar

3) Torréfaction: Les cossettes sont grillées à 150°

4) Concassage: Les cossettes sont réduites en grains ou en poudre selon les besoins

5) Le conditionnement


Si on désire de la chicorée soluble, une étape supplémentaire est nécessaire, l'extraction.


Certains chicoretiers sont aussi des escrocs
L'humanité. 23 juin 1938
Gallica






















sources 

Wikipedia : Sur la chicorée industrielle (boisson)

Wikipedia: Sur la plante

Illustrations: Gallica

Le contrat de mariage d'Etienne Pierre GAUTIER er Armandine Désirée Pauline BOUTTIER

Remerciement Un grand merci à Mme ARCHAMBAULT, du fil d’Ariane, qui a fait la recherche de ce document pour moi. Introduction  Je vous parle...