Gabelle

Le pouvoir central Français, toujours en quête de ressources, est expert dans la création de taxes et impôts, et ce depuis les débuts de la monarchie. L’Empire et la République de sont pas en reste sur le sujet. 

L’un des impôts les plus injustes qui ait existé en ce pays est l’impôt sur le sel, appelé gabelle. Voici quelques explication à son sujet


Avant d’aller plus loin,il est nécessaire de rappeler que le sel était  indispensable dans la vie des anciens, quels que soient les lieux et les époques. C’était en effet l’un des seuls moyens connus de conservation des aliments, avant l’apparition des frigidaires et congélateurs. Il est aussi indispensable à la vie. C’est un besoin physiologique,  tant pour les humains que pour les animaux qu’ils élèvent.


Origine


A l’origine, ce mot désignait un impôt indirect, une taxe. Son origine est arabe, provenant du mot gabala signifiant “impôt sur diverses denrées”, et il était appliqué par exemple au vin, au blé, etc. Mais à partir de 1342, il est réservé à la taxe sur le sel.

Celle-ci existait déjà chez les romains. On la retrouve mentionnée au moyen âge, au XIIIe siècle, dans un texte exemptant la ville d’Aigues Morte de cet impôt.


Un monopole d’état


De 1342 à 1547, la vente en gros du sel est un monopole royal, mais la vente au détail est en principe libre. Initialement modeste, la taxe perçue ne fait qu’augmenter au fil du temps. De plus, bien que le roi ait   promis à l'origine que la levée de la gabelle serait temporaire, telle la CSG moderne, elle devint rapidement permanente, tout comme la CSG. La révolution elle-même ne parvint pas à la faire disparaître.

Son montant, et c’est là la plus grande injustice, dépend des lieux où elle est prélevée. Et bien sur aussi de l’époque.


Mécanisme


En 154, le roi se réserve la vente du sel dans des greniers à sel. Il n’exerce pas lui-même la vente, mais la délègue à des marchands adjudicateur, qui la prennent à ferme. C’est la porte ouverte à tous les abus, car, pour assurer son revenu, le roi perçoit de ses fermiers une redevance qu’il fixe. Ceux-ci doivent payer les sommes convenues, quelles que soient les circonstances, et font donc tout pour faire rentrer l’argent, tout en réalisant au passage le plus de bénéfice possible. 


Inégalités régionales


Selon l’endroit où l’on réside, on n’est pas soumis à la même gabelle. On distingue en effet des pays de grande gabelle, de petite gabelle, ou exemptés, par exemple. Voyons cela de plus près:


Carte des gabelles
en 1788

Pays de grande gabelle


Dans les pays de grande gabelle, le sel était fortement taxé. De plus, chaque habitant de plus de huit ans  avait l’obligation d’acheter une certaine quantité de sel. Cette quantité minimale était appelée “sel pour pot et salière”. L’achat devait obligatoirement dans un grenier à sel, et ceci indépendamment des besoins réels. 


Pays de petite gabelle


Dans ces pays, le sel était moins taxé et la consommation était libre. Il n’y avait aucune obligation d’achat.


Pays redimés de gabelle


Le terme “redimé” provient du latin redimere qui signifie racheter. Les pays redimés de gabelle ne payent plus l’impôt sur le sel depuis le milieu du XVIe siècle, après un versement unique important au roi. Ce sont essentiellement des régions du sud ouest, ainsi que quelques villes.


Pays de gabelle de salines


Dans certaines régions de l’est (voir la carte), le sel provient de mines et de sources salées. Ces régions étaient assujettis à une gabelle beaucoup moins forte. La consommation n’était pas non plus imposée dans ces régions.


Quart bouillon


Sur les côtes bas normandes, les saulniers produisaient le sel en faisant bouillir l’eau de mer, comme le faisaient les gaulois de ces régions des siècles plus tôt. Le roi se réservait le quart de la production obtenue. Le restant était librement vendu par les producteurs.


En Flandre


La Flandre était soumise à un statut avantageux en ce qui concerne la gabelle. Les côtes étaient soumises au quart bouillon, les autre régions à un faible taux sans obligation de consommation, ou bien étaient exemptées.


En Bretagne


La Bretagne était totalement exemptée de gabelle. Lors du rattachement définitif du duché au royaume en 1532, le traité stipulait que la Bretagne conservait ses droits, libertés et privilèges. Les Etats (parlement) de Bretagne avaient conservé le droit de refus des impôts du roi de France. Ils ont systématiquement refusé la gabelle.



Conséquences


L’injustice de ces taxes, exorbitantes dans certaines régions, inexistantes dans d’autres, n’était pas sans conséquence. Elles étaient de différentes natures


Fraude


Dans les pays de grande gabelle, chaque chef de famille devait obligatoirement acheter au grenier à sel une quantité minimale de sel calculée en fonction du nombre de personnes âgées de plus de huit ans dans le foyer. Ce sel ne pouvait servir qu’à la cuisine. Il était formellement interdit de l’utiliser pour les salaisons, pour lesquelles il fallait acheter un autre sel, lui aussi taxé. Ne pas acheter la quantité imposée,utiliser le sel pour un autre usage, exposait à des amendes. Ne pas pouvoir payer ces amendes, récidiver, vous envoyait en prison ou aux galères.


Louis Mandrin


Contrebande


La forte différence sur les prix des marchandises dans les différentes régions provoque la contrebande. Il en est ainsi en tout lieu et en tout temps. Le tabac en est un exemple contemporain bien connu. 


A l’époque, l'appât du gain et les fortes disparités sur les prix ont poussé de nombreuses personnes à braver les interdits. On peut citer par exemple la famille Cottereau ou Mandrin, mais de nombreuses familles frontalières se sont données à ces trafics. 

Les peines encourues allaient de la prison aux galères

Le faux saulnier, ainsi qu’on nommait le contrebandier du sel, subissait aussi la flétrissure. La lettre G lui était appliquée au fer rouge sur l’épaule. récidiviste, il était marqué GAL et envoyé aux galères. Et afin que la flétrissure ne s’efface jamais par cicatrisation, après l’application du fer sur la peau, une ou deux secondes, la plaie était frottée de charbon.

La flétrissure, ce casier judiciaire avant l’heure était une marque infamante, perpétuelle, pour qui la subissait. 


Mais si le faux saunier était pris les armes  à la main, alors il encourait la peine de mort. 


Les femmes aussi pratiquaient la contrebande de sel, mais avec moins de risques . Les gabelous les contrôlaient moins, et la peine de galère était remplacée par des coups de fouet. La bannissement, temporaire ou perpétuel pouvait aussi être appliqué.



Révoltes


La gabelle a été la cause de révoltes tout au long de l'histoire de France. Ces soulèvements ont souvent été provoqués par des tentatives d’introduction de la gabelle dans des zones où elle n’était pas encore en application. Par exemple;


La révolte des Pitous, en 1548, provoqu”e par l'extension de la gabelle au Poitou, à l’Angoumois et au Saintonge, jusqu’alors exemptés


La révolte des nus pieds en 1638 lorsque Richelieu tenta d’étendre la gabelle à des paroisses normandes redimées.

La révolte des Angelets, entre 1667 et 1675, à nouveau lors de l’introduction de la gabelle, en Roussillon cette fois-ci.



Abolition


Les revendications exprimées lors de la révolution française étaient nombreuses. La gabelle était un sujet de mécontentement important. On le retrouve dans de nombreux cahiers de doléances. 

L’Assemblée nationale constituante a prononcé son abolition définitive en 1790. Le commerce devint donc libre et non taxé sur tout le territoire à partir de cet instant. Un autre décret annula les procès en cours  contre les faux saulniers et libéra les prisonniers et galèriens condamnées pour contrebande. 



Après la révolution


Le 24 avril 1806 Napoléon a rétabli cet impôt impopulaire, mais sous la dénomination de “droit de consommation sur le sel”, afin d’éviter les troubles qui n’auraient pas manqué s’il avait utilisé le mot gabelle. Napoléon avait d’impérieux besoins financiers en raison des guerres qu’il menait contre les ennemis de la France. La taxe était une source de revenus garantie, du fait de l’utilisation universelle du sel. Contrairement à l’ancienne gabelle, le taux était uniforme sur tout le territoire et il n’y avait plus de monopole étatique. Les sauniers restaient libres de vendre leur sel comme ils l’entendaient. La taxe était perçue par les agents de l’état à la sortie des marais salants et des mines. Cet impôt s’est révélé tellement efficace que les régimes qui succédèrent à l’empire l’ont conservée.


La fin définitive ?


La taxe sur le sel a disparu après la seconde guerre mondiale. Elle n'apparaît plus dans la loi de finances de 1946. Mais a-t-elle réellement disparu ? Bien sur que non. Elle a été amalgamée avec une autre taxe frappant absolument tout, marchandises et services, la TVA.


Et ailleurs dans le monde ?


Il ne faut cependant pas croire que le sel n’était taxé qu’en France. De part le monde, à toute époque, le sel a servi de source de revenus aux états:


En Chine, le sel a été taxé, entre autres pour financer la construction de la grande muraille. Elle a pu fournir jusqu’à 50% des recettes des empereurs chinois, à certaines époques.


Il a été taxé en Inde durant la colonisation anglaise. Les colons avaient instauré un monopole strict. La récolte du sel était interdite aux indiens. La marche du sel du Mahatma Gandhi, en 1930, est l’un des tournants historiques vers l’indépendance du pays.


En Russie, en 1648, le tsar Alexis remplace plusieurs taxes par une taxe unique sur le sel pour renflouer les caisses de l’état. Cela a provoqué des révoltes. 

L’empire romain contrôlait les routes du sel. Le salaria, indemnité donnée aux soldats pour acheter leur ration de sel a donné le mot salaire


En Italie, on ne pouvait acheter le sel que dans les bureaux de tabac jusqu’en 1975. L’Etat a conservé jusqu’à cette date un contrôle très strict sur le tabac et le sel



Aux Etats unis même, des taxes sur le sel ont permi de financer les infrastructures de New York, par exemple, ou encore le percement du canal Erié.



Conclusion


Le sel est une denrée de première nécessité Indispensable pendant des siècles, des millénaires même, pour la conservation des aliments, il est surtout nécessaire à la vie. C’est un besoin physiologique, que ce soit pour les hommes ou les bêtes qu’ils élèvent. S’il a été et reste taxé un peu partout dans le monde, la gabelle a été la pire des taxes qui lui a été appliquée.


Foire et marchés aux bestiaux

La foire et le marché aux bestiaux étaient des événements périodiques incontournables de la vie des campagnes. Sur une place dédiée à cela se retrouvaient éleveurs et maquignons, bouchers et laboureurs en quête de bêtes de trait, le monde paysan, pour lequel l’animal n’est pas un compagnon d’agrément, mais plutôt un auxiliaire de travail, un capital de valeur.



De nos jours, la vente et l’achat de bétail ne se fait plus comme cela se faisait jadis, mais il n’y a pas si longtemps que cela, ces marchés existaient encore. Personnellement, j’en ai vu un pour la dernière fois  lors d’une permission alors que je faisais mes études dans un lycée militaire, entre 1978 et 1984, je ne sais plus exactement, ce qui n’est pas important.


Il y avait des foires aux bestiaux un peu partout, plus fréquemment dans les pays d’élevage, tels la Normandie, que dans les zones de polyculture, telle la Sarthe. Certaines foires pouvant même faire de la concurrence à d’autres trop proches. A la fin du XIXe siècle, on trouvait par exemple un marché aux veaux et moutons à Tourouvre, dans l’Orne, tous les vendredis. 


Le marché de Domfront fonctionnait quant à lui les samedis, mais je ne suis pas certain qu’un marché aux bestiaux s’y tenait à chaque fois. Peut-être qu’il n’avait lieu que lors des foires, nombreuses, qui rythmaient l’année dans cette ville. (Voir l’article sur Domfront ici). Je n’ai pas trouvé l’information.


Le marché d’Orbec, Calvados,  quant à lui se déroulait le mercredi. Il existe toujours mais n’est plus que l’ombre de lumême. Et périodiquement il y avait un important marché aux bestiaux. Vendeurs et acheteurs se retrouvaient tôt le matin place du


marché aux vaches, bien nommée, et sur le boulevard de Beauvoir juste à côté, et négociaient leurs transactions dans le brouhaha des beuglements des bêtes et les marchandages autobus d’eux. Il faut imaginer la scène de dizaines, peut être même de deux ou trois centaines de vaches et de boeufs, de quelques taureaux, attachés tout autour de la place et le long du boulevard, les odeurs du bétail, la saleté envahissant progressivement les leix au fur et à mesure de l’avancement de la journée, et les hommes, en bottes, les uns vantant les mérites et qualités de bêtes qu’ils vendaient, les autres ne leur voyant que défauts, maladies et autres tares, chacun selon son intérêt. Et puis, lorsqu’ils étaient d’accord, le vendeur et l’acheteur topaient, c’est à dire se claquaient mutuellement la main droite pour conclure leur accord. L’acheteur donnait une petite pièce symbolique au vendeur, pour matérialiser la vente, et parfois donnait un petit pourboire à l’enfant du vendeur si celui-ci avait été accompagné de son fils ou de sa fille pour mener le bétail. Cependant, les choses sérieuses se déroulaient dans un bistrot proche, autour d’un calva ou de tout autre boisson. L’acheteur remettait au vendeur la somme convenue en monnaie sonnante et trébuchante, dans les temps anciens. Plus récemment, l’emploi de moyens de paiement plus modernes, billets et chèques ne devaient pas faire défaut. 


Parmi les vendeurs, on retrouvait des maquignons, marchands de bestiaux spécialisés,des éleveurs. Les mêmes pouvaient évidemment se retrouver du côté des acheteurs, mais ils y étaient rejoints par les bouchers, des laboureurs en quête de bêtes pour remplacer un attelage vieillissant, etc.


Lorsque le marché finissait, les uns et les autres s’en retournaient dans leurs exploitations, faisant défiler leurs animaux dans les rues de la ville, puis dans les chemins alentours, provoquant éventuellement des perturbations dans la circulation. Orbec possède, outre la place du marché aux vaches, une rue nommée rue aux boeufs, indice de l’importance du marché qui se tenait là par le passé. On est dans une région d’élevage.


Il ne restait plus aux employés communaux qu’à nettoyer les rues et la place, jonchées de paille et de déjections animales. Cette saleté, la puanteur qui l’accompagnait a souvent été source de conflits avec les habitants des villes.C’est la raison pour laquelle de nombreux marchés et foires aux bestiaux se tenaient en dehors des villes. 


Ceci dit, ces scènes se retrouvaient partout en France et en Europe. Les marchés étaient plutot spécialisés. Les uns pour les bovins, comme celui d’Orbec, d'autres pour les porcs, comme celui de Parigné l'Evêque, Sarthe, au XIXe siècles, d’autres encore pour les ovins, ou la volaille. 


Enfin, il ne faut pas confondre foires et marchés aux bestiaux avec les comices agricoles, qui ont été créés au XIXe siècle dans un souci d’éducation des agriculteurs, avec des concours et des expositions pour produire une émulation entre eux. Ce ne sont pas des marchés. Le salon de l’agriculture de Paris est en quelque sorte le comice agricole national.




Sources


Annuaire de l'Orne, historique, administratif, industriel et commercial pour l’année 1866, Gallica

Souvenirs personnels


Encan

Une vente à l’encan, c’est une vente aux enchères publique, au dernier encherisseur. Le terme employé est tombé en désuétude de ce côté de l’atlantique mais reste d’actualité chez nos cousins du Québec. 

Le mot provient du latin médiéval inquantum signifiant “pour combien”

Exemple d'annonce de vente à l'encan
Journal d'Alençon et du département de l'Orne
01/01/1809
Gallica


Lors d’une succession, lorsqu’il faut disperser le mobilier, le linge, le bétail et toutes les possessions d’un défunt, on procède à une vente aux enchères publiques, aussi  appelée encan ou vente à la criée. Elle est dirigée par un notaire ou encore un huissier, qui peut se faire aider par un crieur. Dans le cas où les bénéficiaires sont des enfants mineurs, il est d’abord procédé à un inventaire après décès. Nous en verrons un dans quelques jours. L’inventaire après décès peut bien évidemment être dressé même s’il n’y a pas d’héritiers mineurs.


En ce qui concerne la vente proprement dite, elle doit d’abord être annoncée. On précise le lieu et la date où elle se déroulera, par voie d’affichage et de presse. J'ai cherché une telle annonce dans le "Journal d'Alençon et du département de l'Orne" des jours précedant la vente, mais sans succès. Pourtant des annonces ont été faites, le notaire le confirme dans son préambule, et le journal cité contiet nombre de telles annonces. Peut être cela a-t-il été publié plus tpot, ou dans un autre organe de presse. 


Le jour dit, les intéressés se réunissent au lieu indiqué, c'est -à -dire chez le défunt lorsque c’est possible, ou sur la place du village. Les bénéficiaires de la vente, héritiers ou tuteurs des héritiers s’ils sont mineurs assistent à la vente. Ils ont en outre la charge de fournir à boire aux participants. 

Le document que je vous propose aujourd’hui concerne un défunt qui laisse des enfants mineurs issus de son premier mariage, sa seconde épouse ne lui en ayant pas donné. La vente s’est déroulée à Passais en 1809 et a nécessité 6 jours. Elle a réuni nombre de personnes de Passais, dont certains que nous connaissons déjà, comme François Vaidie (mon soza 210) ou Pierre Germont que nous avons croisé au mariage de François.


Dans un premier temps,  nous verrons le préambule de l’acte rédigé pendant la vente.  Puis je parlerai (un peu) du contenu de la vente. Et logiquement je terminerai par la conclusion de la vente, objet d’un document séparé, dont je résumerai la teneur sans donner de transcription.


Le document notarié relatant la vente a été rédigé sur 6 jours, et il y a 36 pages détaillant un par un chacun des articles vendus, l’acheteur et le prix obtenu. Il est impossible de le donner ici intégralement. Pour les personnes intéressées, il se trouve ici.

Transcription du préambule:


PAGE 1

1 L’an mil huit cent neuf, le cinq
2 avril sur les neuf heures du matin en vertu
3 de la réquisition à nous faite par
4 Marie Leroyer veuve sans enfant en seconde
5 noce de Simeon Le Derné, maréchal, demeurant
6 au lieu de la Noë Rousse, commune de Passais,
7 de Pierre Rungette jeandre dudit feu Le
8 Derné, maréchal, demeurant commune de Saint
9 Cyr du Bailleul, département de la Manche,
10 tuteur principal des enfants mineurs issus
11 dudit feu Le Derné et defunte Jeanne Dubois
12 nommé par les délibérations devant le sieur
13 Heny Garnier, juge de paix du canton de
14 Passais, en datte du cinq février dernier, enregistré
15 à Domfront le huit du même mois, aussi
16 tuteur principal de ses enfants mineurs, isus
17 de son mariage avec (de)funte Jeanne Le Derné
18 par délibération faites devant le sieur Le
19 Teinturier la Prise, juge de paix du canton de
20 Barenton, département de la Manche, le six du
21 mois de février aussi dernier, enregistré à
22 Mortain en tous de droits des affiches apposées
23 aux endroits voulus par la loi, en temps du droit
24 et de déclaration par nous passée au bureau
25 de l’enregistrement de Domfront le quatre du présent
26 Nous, Pierre Leroyer, notaire impérial
27 à la résidence dudit Passais, chef lieu
28 canton, arrondissement communal de Domfront, 
29 département de l’Orne soussigné, nous sommes 
30 exprès transporté au fit lieu de la 


PAGE 2


1 Noë Rousse, dite commune de Passais au
2 domicile ou est
3 décédé ledit Simeon Le Derné pour procéder à la
4 vente des meubles et effets mobiliaires par lui
5 laisser , à laquelle vente nous avons procédé en
6 la présence desdits Rungette et Leroyer _______
7 sus nommés. Rédigé ainsi qu’il suit
8 Premièrement

Le préambule est suffisamment clair pour qu’il ne soit pas nécessaire de le commenter. La vente a lieu à la Noë Rousse, chez le défunt, sans aucun doute dans la cour de sa ferme


Le contenu


Pour exemple, voici les deux premiers articles de la vente, immédiatement après le préambule, toujours en page 2

9 Deux laudières (1) mises à prix et proclamé pour première
10 enchère par Marie Courteille, femme André Martel
11 à deux francs, par Jullien Brault de Passais à trois francs
12 et pour dernière enchère par Bicolas Mayet de Saint
13 Fraimbault à cinq francs vingt cinq centimes et a payé cy     5f 25c
14 Un tripier (2) mis à prix et proclamé p
15 our dernière enchère par Marie Le Derné femme
16 André Joubin de Passais à trois francs quatre vingt
17 centimes cy                         3f 8Oc

Chaque lot est succinctement décrit, avec l’acquéreur et le prix de cession. En bas de chaque page, le notaire inscrit le montant total de la page.
Les lots sont classés plus ou moins par catégorie et localisation à l’intérieur de la ferme, et reflètent bien ce qu’on pouvait trouver dans une ferme de l’époque. On trouve d’abord de la literie puis de la vaisselle, des meubles, un fusil de chasse, des tonneaux de poirée et un d’alcool, des produits agricoles.

On remarque en passant que la vaisselle métalique est presque tout le temps marquée du nom du défunt, sauf un lot marqué d'un autre lot, probablement acquis lors d'une telle vente ou auprès du propriétaire précédent par le défunt.

 Le capital du défunt reposait essentiellement sur son bétail, mais dont le prix de vente semble dévalué par rapport au marché. Les bêtes vendues ne sont pas âgées. La paire de bœufs vendue 140 francs aurait dû en rapporter 600. Y-a-t-il eu magouille et entente pour ne pas faire monter les prix ?  Il s’agit de la force motrice de l’époque et elles auraient dû rapporter le double au moins. 


Deux véhicules sont aussi vendus. Le matériel professionnel ne fait pas défunt, avec une enclume, des marteaux, de la ferraille, achetés par un autre maréchal (3)

Lors de cette vente, François Vaidie a acheté plusieurs choses
Tout d’abord, il a acquis le lot 117 (un marchepied et ce qu’il y a dedans de graine de chanvre) pour 9,75 f
puis le lot 119 (un coffre fermant à clé) à 9 francs 50

Le lot 120 (une pipe remplie d’eau blanche (4) ) à 85 francs
et finalement le lot 189 (un grand coffre situé dans la boulangerie) à 42 francs 75



Pour plus de détail, je vous invite à lire le document originel, facile à déchiffrer, disponible ici

Résultat de la vente


A l’issue des six jours de vente, le notaire a dressé un constat et remis le montant obtenu aux tuteurs des enfants, contre quittance. Elle a rapporté 2783 francs

On a vu ici ce qu’on peut trouver dans une ferme du début du 19 siècle. Même si on ne voit pas tout, comme c’est le cas avec un inventaire après décès, on a une idée du prix que les gens pouvaient accorder aux objets, et se rendre compte que certaines pratiques illégales avaient cours dans nos campagnes.


Notes

(1)    Couvertures matelassées
(2)    Trépied
(3) Maréchal ferrant, forgeron
(4)    Une pipe dans ce contexte est un fut de forme allongée, d'une contenance d'environ 450 litres. L'eau blanche, au début du XIXe siècle désigne le produit intermédiaire obtenu après la première distillation du cidre? C'est un liquide blanchâtre, trouble, titrant 20 à 25° qui ne peut être commercialisé. Une seconde distillation à partir de ce liquide produit l'eau de vie de cidre (le nom calvados est apparu au XXe siècle)
Une pipe à cidre


Source


AD 61  4E150 / 129 n° 40


Drapier

 L'encyclopédie Diderot définit le drap de la manière suivante: 

Adriaen Bloem - Dans la boutique du drapier
vers 1670
Hallwylska Museet - Stockolm 
 Google Art Project


“ Espèce d’estoffe de laine “


puis elle énumère à la suite de ce texte lapidaire un certain nombre “ d’exemples “ tels que le “ bon drap “, le drap fin, le gros drap, le drap de Hollande, du Berry, d’Espagne, etc. Elle cite aussi le “ drap de soye “ et le drap d’or avant de terminer en indiquant qu’employé seul, il s’agit toujours de drap de laine.









Une autre définition, plus récente , dans l’art du teinturier  coloriste sur laine, soie, fil et coton   d’Auguste Vinçart (Paris 1820) est plus précise:


“ Une étoffe de laine qui participe des qualités de la toire par son tissus et de celle du feutre par l'opération de foulage qu’on lui fait subir “


Le mot drapier désigne la personne dont le métier est la fabrication du drap puis sa vente. En pratique, ce mot désigne tout aussi bien le marchand de drap, le patron de la manufacture, que l’ouvrier qui fabrique effectivement ce tissu. Les ouvriers peuvent faire partie de plusieurs catégories en fonction des tâches spécialisées dont ils s’occupent. Il y a donc plusieurs métiers qui collaborent avec le drapier pour la fabrication du drap. Cela n’empêche pas certains ouvriers de s'acquitter de plusieurs de ces tâches intervenant dans le processus de fabrication.  



On distingue les tâches suivantes:


  • Le lavage des laines, jusqu’à leur séchage
  • Le peignage des laines
  • Le triage des laines
  • Le cardage
  • Le travail des petites cardes, le filage
  • Le tissage sur métier
  • L’épinçage des draps avant le dégraissage
  • Le foulage
  • La tonte des draps
  • Friser les étoffes


Parmi ces opérations, celui qui est dit drapier, outre le vendeur ou le patron, est le tisserand qui fabrique effectivement le drap sur son métier.


Certaines de ces étapes méritent quelques explications:



Cardage


Il s’agit de démêler, d'aérer et d’aligner les fibres dans le même sens. Pour cette opération on utilise des cardes, qui sont de petites brosses destinées à cet usage.


Filage


Cette opération permet de produire du fil à partir de la laine préalablement lavée et cardée. Initialement réalisée à la main, à l’aide d’un fuseau ou d’un rouet, cette opération est réalisée dans des filatures depuis la révolution industrielle.  Des machines spécialisées se sont substituées aux fileuses depuis cette époque.


Epinçage


Par cette opération on débarrasse le drap obtenu après  le tissage de ses impuretés, des nœuds, de ses défauts. C’est un travail minutieux, réalisé à la main par des ouvrières spécialisées . Un terme synonyme est épincetage, tandis que l’ouvrière en charge de cette opération est appelée épinceteuse ou raccroteuse, selon les régions



Foulage


Roue du petit moulin à Orbec
Il s'agit d'un moulin à blé du XIIe siècle

Aussi appelé foulonage, le foulage permet de dégraisser et feutrer la laine en resserrant les fibres du tissu. Cette opération  a d’abord été réalisée en piétinant les étoffes dans des bassins d’eau savonneuse. Mais rapidement on a utilisé les moulins à foulon. Ceux-ci, mus par la force hydraulique, sont apparus en Europe au Xe siècle. On considère le moulin à foulon comme la première machine utilisée dans l’industrie textile. (1)


Grâce à la force hydraulique, un arbre à cames actionne des maillets ou des pilons en bois qui martèlent le tissu. Le tissu est placé dans un bassin appelé cuve, pile ou dorme. Ce bassin est rempli d’eau chaude alcaline mélangée à de l’argile smectique,  aussi appelée terre à foulon, pour son action dégraissante.





Tonte des draps, ou tondage


Les tondeurs de drap
Eau forte du XVIIe
Publiée par Jacques Lagniet, Paris 
Il faut lisser et égaliser la surface des draps de laine obtenus par les opérations précédentes. C’est ce qui est fait lors de la tonte des draps. On utilise pour cela de grandes cisailles L'ouvrier chargé de ce travail était le tondeur. Il travaillait sur une grande table sur laquelle il étalait la pièce de tissu dont il s’occupait. C’était un des métiers les plus pénibles de la chaîne de production.



Friser ou ratiner le drap


Il s’agit ici de former de petits grains ou boutons très durs à la surface du tissu, en travaillant le poil de la laine. On créait ainsi un aspect velouté ou granuleux, permettant de masquer les imperfections des laines de qualité inférieures, et de mieux les valoriser. 


Cette opération pouvait être réalisée manuellement par les ouvrières à l’aide d’un frisoir, ou mécaniquement en utilisant une machine à friser. Certains draps de laine étaient frisés à l'envers (les draps noirs par exemple) alors que d’autres l’étaient à l'endroit.




Comme on vient de le voir, il y avait plusieurs métiers qui intervenaient dans la fabrication des draps. De nos jours, des machines s’occupent de ces tâches, conduites par des ouvriers spécialisés.


Le drap produit servait à la confection d’habits beaucoup plus durables que ceux produits actuellement. De plus, ils étaient chauds. Nos ancêtres, qui vivaient dans des logements souvent dépourvus de fenêtres, avaient besoin de se tenir au chaud. Sous leurs couettes on trouvait aussi des draps (2)


François d'Assise en robe de bure
par Francisco de Zurbarán.
Il existe plusieurs sortes de draps, de différentes qualités, destinés à différents usages. Cela va du drap d’or et du drap d’argent, termes génériques désignant des étoffes somptueuses, fines, de grande qualité, jusqu’au drap de gros bureau (ou bure), grossier, blanc ou teinté de gris ou de noir, utilisé par les classes populaires et les moines, en passant par le drap de dame, léger et doux, ressemblant à la flanelle, le drap militaire, teinté aux couleurs des uniformes, le drap de soie, le drap de velour, le drap mortuaire, etc.


Une autre étoffe de laine, le serge, plus ordinaire que le drap, mais moins chaude et moins solide était aussi très répandue. Elle était fabriquée par le sergier, et était moins chère que le drap.


Avec le drap, on fabriquait les vestes, les manteaux, les culottes d’homme, le tout pour l’hiver. 

Avec le serge, on fabriquait les jupes des femmes, les vestes légères, pour l’hiver aussi.

Le reste était fabriqué en chanvre et en lin. La fabrication de ces tissus était l’affaire du tissier. 


Les ouvriers utilisaient lle drap du pauvre, en réalité une serge grossière, non teinte, de couleur brune, jamais noire, pour la confection de leurs vêtements.


L’industrie textile est, depuis la nuit des temps, une des plus importantes de l’humanité, tant par sa chaîne de production, allant du berger jusqu’au fabricant de vêtements et au marchand, que par l’emploi quasi universel de sa production.


Le Nord de la France et la  Flandre sont des régions où cette industrie a été florissante et d’une grande importance jusqu’à récemment. 






Parmi mes ancêtres, Jacques Joseph LAFFEZ (1738- avant 1819) était drapier à Lille. Ouvrier drapier, plus précisément.




Notes


1: Orbec est la ville où j’ai grandi. Il y avait là au moyen âge de nombreux moulins (une quarantaine pour la vallée  qui profitaient du fort débit de l’orbiquet, rivière qui irrigue cette petite ville du Calvados. Parmi ces moulins, il y avait plusieurs moulins à foulon. Certains moulins pouvaient changer de destination, de moulin à blé être transformé en moulin à foulon, par exemple.


2: On en trouve trace dans certains contrats de mariage, comme le contrat de mariage de Sébastien Maignan et Renée Maignan


Contrat entre Noel Roussel et Pierre Crouillebois

Je tiens à remercier Nathalie CHANTELOUP et Vincent PRD’HOMME , membres de l’asociation “Centre Généalogique de l’Orne et du Perche”, dont je fais partie, pour leurs réponses rapides et essentielles à la demande d’aide posée sur notre liste de diffusion lorsque j’ai été bloqué pour la transcription du document présenté ici. Sans l’eur aide, je pense que je n’aurais pas pu terminer cette transcription, et que celle-ci aurait comporté des erreurs. Il est vrai que ce document, de la fin du XVIIe siècle, n'est pas des plus faciles à lire. Je vous laisse juger par vous même.


Noël ROUSSEL, époux de Jeanne DAUVERNÉ, est mon soza 768, c’est à dire l’ancêtre  direct de ma Maman en lignée agnatique, à la dixième génération (en me prenant pour point de départ) Ils se sont mariés le 25 mai 1662 À Lucé, dans l’ouest de l’Orne. Jeanne est décédée le 5 octobre 1680, après lui avoir donné (au moins) un fils, Pierre, qui est lui aussi notre ancêtre, mais sur lequel je n’ai pas beaucoup d'informations au moment où j’écris. (1)

Noël s’est ensuite remarié, en 1880 avec Guillemine HAMMARD.

Le contrat que je vous présente ici est daté du 26 décembre 1682. Il a été passé chez le notaire de Saint Front (ancienne Paroisse, puis commune de l’Orne, rattachée à Domfront en 1863. Il nous éclaire sur la condition de Noël et sur certaines pratiques de l’époque, et finalement apporte d’autres interrogations.



Première page

Première page à droite

1    Le vingt sixième jour de décembre 

2 l’an mil six cent quatre vingt deux avant 3    midy au bourg de Saint Front devant nous 4 nottaire gardenotte royal de la 5 vicomté de Domfront soussigné 6 fut p(rese)nt en sa personne Noël Roussel 7 laboureur demeurant au lieu de Baseille, paroisse 8 Lucé lequel a ce jour d’hui subrogé en son lieu et place 9 Pierre Croullebois fermier au lieu de laumosne 10 paroisse de Saint front à ce p(rese)nt et acceptant a 11 la jouissance d’une portion de terre estant en une 12 plus grande piece nommée la cholletière proche 13 led(it) lieu de Laumosne icelle portion dependante 14 dud(it) au lieu de Baseille appartenante au Sieur Devi--- 15 et tenue de luy a ferme par ledit Roussel pour 16 ledit Pierre Croullebois jouir en ____ de ladite 17 piece de terre penant cinq ans et autant de 18 cueillettes entères et consécutives qui commenceront 19 a Pâques prochain et finiront a pareil jour 20 et terme laquelle portion ledit Croullebois pourra 21 ensemencer et labourer la dernière année du pr(ese)nt 22 de telles semencesqu’il vaira bon sans ____ 23 dudit Roussel ce faict la première subrogation 24 moyennant et par le prix et somme de douze 25 livres que ledit Croullebois sest submit et obligé 26 payer audit Roussel pour chacun an prochain terme 27 dudit jour de Pâques prochain en un an et ainsy 28 continuer d’an en an jusques à l'expiration du 29 p(rése)nt et attendu que ledit Crouillebois a jouy 30 de lad(ite) piece de terre et depuis Pâques dernièr 31 jusques a p(rése)nt il continuera de jouir jusque 32 a la fin du pr(ése)nt ce faict aussy moyennant douze 33 livres que ledit Crouillebois a payé p(rése)ntement 34 audit Roussel pour la jouissance de ladite portion 35 de terre pour cette année courante et qui finira 36 au dit jour de Pâques prochain et pas advant 37 ainsy que ledit Roussel la recongneu et sest tenu




Deuxième page à gauche



Deuxième page


1    content mesme  ledit Roussel a recongneu avoir  

2 receu treize  livres en deduction du contenu en certain

3 accord faict entreux devant Coignard notaire pour la

4 jouissance de ladite portion de terre pour l’année mil

5 six cent quatre vingt un sans préjudice du surplus

6 s’il en est deu suivant ? accord et sans préjudice

                        sil en esté et suivant leurd(it) accord

7 des fermages a eschoir pourra aussy led(it) Crouillebois 

8 cueillir les pailles  la dernière année        

9 couppera  et enlevera tout bois taillable bon 

10 a tailler pendant le p(rese)t  et  ainsy daccord p(rese)ntce

11 Jean Balloche lesné et  (second témoin pas nommé)

12 de lad(ite) paroisse de Saint Front temoings


Signatures:


Noel Roussel

J Balloche

J. Legenissel, notaire, en bas à gauche

Une autre, celle du 2ème témoin, qui n’est pas nommé

La marque de Pierre Crouillebois



Quelques mots manquent dans la transcription et il subsiste quelques hésitations dans la lecture (en rouge) mais cela n’empêche pas la compréhension  de la teneur du texte.




Tout d’abord, nous avons une indication sur le lieu d’habitation de Noël. Il vit au lieu de la Bazeille à Lucé (2). Ce hameau est situé à environ 2,5 km de Lucé (mesure effectuée sur la carte IGN au 25000e de Domfront),et 2,7 de Saint Front.


Le preneur, Pierre CROUILLEBOIS (3), demeure au lieu de “lausmone” (L’Aumône). Ce hameau appartien à la paroisse de Saint Front, mais se trouve à moins d’un kilomètre de la Bazeille.


La Bazeille est le plus au nord, Lucé le plus au sud.
L'Aumône entre les deux

Les deux hommes sont donc de proches voisins et se connaissent bien. Noël ROUSSEL est laboureur. Il possède donc au moins un train de labour, c'est-à-dire une charrue et les bêtes pour la tirer. Pierre CROUILLEBOIS est fermier. Il loue à ferme des bâtiments et des terres qu’il doit mettre en valeur sous certaines conditions contractuelles. Comme dans tout contrat de fermage , il doit payer une redevance au propriétaire, en nature ou en monnaie sonnante et trébuchante, voire les deux. Mais je n’en dirai pas plus. Je ne connais pas son contrat. 


Bien que Noël soit laboureur, il est aussi fermier. Il possède peut-être des terres, mais il a tout de même une partie de son exploitation, ce que nous confirme ce contrat.


Dans ce contrat, Noël ROUSSEL a subrogé à Pierre CROUILLEBOIS une portion de terre faisant partie d’une pièce de terre plus grande, appelée la Cholletière, située près de “lausmone” où ce dernier a son exploitation. Cette pièce de terre (la Cholletière) appartient à un Sieur dont le nom est inscrit dans l’acte, mais sans qu’il ait pu être lu, et est tenue à ferme par Noël. Celui-ci est donc tenu à des obligations concernant cette terre, soumis à une redevance, etc. Par cet acte de subrogation, il place son voisin à sa place pour l’exploiter. Il en aura de plus la jouissance, c’est à dire qu’il pourra en tirer pleinement tout ce qu’il aura produit par son travail, sans en reverser une partie en nature à Noël. Le contrat prévoit même que Pierre pourra labourer et ensemencer la dernière des cinq années prévues. Peut-être dans l’idée d’une autre subrogation à la suite ?

La contrepartie est financière. Le loyer est de 12 livres annuelles(5). Pierre CROUILLEBOIS a de plus l’obligation de cultiver la terre “en bon père de famille”, de l’entretenir, de ne pas la laisser en friche, etc. Cette obligation est liée au fermage lui-même. Noël y était assujetti, Pierre doit le remplacer. Le fait que Pierre puisse jouir pleinement du produit de cette terre indique que ce devait être aussi le cas de Noël. Sinon il aurait réclamé pour redevance au minimum de qui payer celle qu’il doit toujours au propriétaire.


On peut aussi noter que l’année précédente, les deux hommes avaient déjà conclu un tel accord concernant cette portion de terre devant le notaire Coignard.


Pourquoi Noël a-t-il subrogé ce terrain ?


Il s’est marié pour la première fois en 1662. On peut imaginer qu’il avait entre 20 et 30 ans lors de ce mariage. En 1682 il avait donc entre 40 et 50 ans. Il est pour le moment impossible de savoir quel était son âge à ce moment.


On ne peut donc pas affirmer qu’il a fait cela en raison d’une incapacité à s’occuper lui-même de la terre en raison de l’âge. Trois autres possibilités pourraient expliquer cela


Les terres dont il s’occupait, qu’elles aient été  les siennes ou qu’il les ait prises en fermage, étaient peut-être trop étendues pour lui seul, ou avec l’aide des enfants de son premier lit. Jeanne DAUVERNÉ était décédée en 1680, et l'aîné de ses enfants avait moins de 18 ans en 1682. On travaillait jeune à l’époque, mais il n’y avait peut-être pas suffisamment de main d'œuvre pour l’exploitation. Quant aux enfants de Guillemine HAMMARD, épousée en 1680, un peu plus d’un mois après le décès de Jeanne (6) 


Une autre possibilité serait que Noël ai eu un accident ou une maladie qui, tout en ne l’handicapant pas totalement, l’aurait diminué physiquement. N’oublions pas que pour les terres tenues en fermage, la culture était une obligation.


On ne peut de toutefois pas exclure que Noël ROSSEL ai subrogé ce terrain à son voisin sans y avoir été contraint par une des causes précédentes.


Notes


  1. Je suis tombé sur le contrat de mariage de Pierre lors de la rédaction de cet article. Mais au moment où j’écris, je ne l’ai pas encore regardé
  2. La Bazeille à Lucé ne doit pas être confondue avec la Bazeille à Saint Front, qui lui est proche. Les deux hameaux sont situés sur le cours d’un ruisseau qui leur a donné son nom
  3. Le notaire hésite entre CROULLEBOIS et CROUILLEBOIS. L’orthographe n’était pas fixée à l’époque. Pour ma part je rencontre fréquemment le patronyme 
  4. CROUILLEBOIS lorsque je fais des relevés pour Saint Front. Je m’en tiendrai donc à cette orthographe.
  5. A titre de comparaison, en 1675 des troupes opérant dans la guerre de Hollande ont pris leurs quartiers d’hiver en Alsace et ont commis un certain nombres d’exaction qui ont données lieu à des estimations qui nous sont parvenues. Entre autres:
    1. Incendie d’une maison à Illhaeusein 167 livres
    2. Incendie d’une maison à Sélestat 334 livres
    3. Incendie d’une autre maison à Séléstat 330 livres
    4. Vol d’un cheval 90 livres
    5. Une grange et une écurie brûlées 150 livres
 Dans mémoire des paysans, par MARC Moriceau, collection Texte, Tallendierd’après les AD 68 E 1144

6.  Ce remariage rapide indique que peut être Noël a des enfants très jeunes, et qu’il faut une femme à la maison. Elle même était probablement veuve.


Sources


AD 61, archives notariales, Saint Front:
4E 139 / 47, disponible sur Généanet, vues 108 et 109

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