Encan

Une vente à l’encan, c’est une vente aux enchères publique. Le terme employé est tombé en désuétude de ce côté de l’atlantique mais reste d’actualité chez nos cousins du Québec. 

Le mot provient du latin médiéval inquantum signifiant “pour combien”

Exemple d'annonce de vente à l'encan
Journal d'Alençon et du département de l'Orne
01/01/1809
Gallica


Lors d’une succession, lorsqu’il faut disperser le mobilier, le linge, le bétail et toutes les possessions d’un défunt, on procède à une vente aux enchères publiques, aussi  appelée encan ou vente à la criée. Elle est dirigée par un notaire ou encore un huissier, qui peut se faire aider par un crieur. Dans le cas où les bénéficiaires sont des enfants mineurs, il est d’abord procédé à un inventaire après décès. Nous en verrons un dans quelques jours. L’inventaire après décès peut bien évidemment être dressé même s’il n’y a pas d’héritiers mineurs.


En ce qui concerne la vente proprement dite, elle doit d’abord être annoncée. On précise le lieu et la date où elle se déroulera, par voie d’affichage et de presse. J'ai cherché une telle annonce dans le "Journal d'Alençon et du département de l'Orne" des jours précedant la vente, mais sans succès. Pourtant des annonces ont été faites, le notaire le confirme dans son préambule, et le journal cité contiet nombre de telles annonces. Peut être cela a-t-il été publié plus tpot, ou dans un autre organe de presse. 


Le jour dit, les intéressés se réunissent au lieu indiqué, c'est -à -dire chez le défunt lorsque c’est possible, ou sur la place du village. Les bénéficiaires de la vente, héritiers ou tuteurs des héritiers s’ils sont mineurs assistent à la vente. Ils ont en outre la charge de fournir à boire aux participants. 

Le document que je vous propose aujourd’hui concerne un défunt qui laisse des enfants mineurs issus de son premier mariage, sa seconde épouse ne lui en ayant pas donné. La vente s’est déroulée à Passais en 1809 et a nécessité 6 jours. Elle a réuni nombre de personnes de Passais, dont certains que nous connaissons déjà, comme François Vaidie (mon soza 210) ou Pierre Germont que nous avons croisé au mariage de François.


Dans un premier temps,  nous verrons le préambule de l’acte rédigé pendant la vente.  Puis je parlerai (un peu) du contenu de la vente. Et logiquement je terminerai par la conclusion de la vente, objet d’un document séparé, dont je résumerai la teneur sans donner de transcription.


Le document notarié relatant la vente a été rédigé sur 6 jours, et il y a 36 pages détaillant un par un chacun des articles vendus, l’acheteur et le prix obtenu. Il est impossible de le donner ici intégralement. Pour les personnes intéressées, il se trouve ici.

Transcription du préambule:


PAGE 1

1 L’an mil huit cent neuf, le cinq
2 avril sur les neuf heures du matin en vertu
3 de la réquisition à nous faite par
4 Marie Leroyer veuve sans enfant en seconde
5 noce de Simeon Le Derné, maréchal, demeurant
6 au lieu de la Noë Rousse, commune de Passais,
7 de Pierre Rungette jeandre dudit feu Le
8 Derné, maréchal, demeurant commune de Saint
9 Cyr du Bailleul, département de la Manche,
10 tuteur principal des enfants mineurs issus
11 dudit feu Le Derné et defunte Jeanne Dubois
12 nommé par les délibérations devant le sieur
13 Heny Garnier, juge de paix du canton de
14 Passais, en datte du cinq février dernier, enregistré
15 à Domfront le huit du même mois, aussi
16 tuteur principal de ses enfants mineurs, isus
17 de son mariage avec (de)funte Jeanne Le Derné
18 par délibération faites devant le sieur Le
19 Teinturier la Prise, juge de paix du canton de
20 Barenton, département de la Manche, le six du
21 mois de février aussi dernier, enregistré à
22 Mortain en tous de droits des affiches apposées
23 aux endroits voulus par la loi, en temps du droit
24 et de déclaration par nous passée au bureau
25 de l’enregistrement de Domfront le quatre du présent
26 Nous, Pierre Leroyer, notaire impérial
27 à la résidence dudit Passais, chef lieu
28 canton, arrondissement communal de Domfront, 
29 département de l’Orne soussigné, nous sommes 
30 exprès transporté au fit lieu de la 


PAGE 2


1 Noë Rousse, dite commune de Passais au
2 domicile ou est
3 décédé ledit Simeon Le Derné pour procéder à la
4 vente des meubles et effets mobiliaires par lui
5 laisser , à laquelle vente nous avons procédé en
6 la présence desdits Rungette et Leroyer _______
7 sus nommés. Rédigé ainsi qu’il suit
8 Premièrement

Le préambule est suffisamment clair pour qu’il ne soit pas nécessaire de le commenter. La vente a lieu à la Noë Rousse, chez le défunt, sans aucun doute dans la cour de sa ferme


Le contenu


Pour exemple, voici les deux premiers articles de la vente, immédiatement après le préambule, toujours en page 2

9 Deux laudières (1) mises à prix et proclamé pour première
10 enchère par Marie Courteille, femme André Martel
11 à deux francs, par Jullien Brault de Passais à trois francs
12 et pour dernière enchère par Bicolas Mayet de Saint
13 Fraimbault à cinq francs vingt cinq centimes et a payé cy     5f 25c
14 Un tripier (2) mis à prix et proclamé p
15 our dernière enchère par Marie Le Derné femme
16 André Joubin de Passais à trois francs quatre vingt
17 centimes cy                         3f 8Oc

Chaque lot est succinctement décrit, avec l’acquéreur et le prix de cession. En bas de chaque page, le notaire inscrit le montant total de la page.
Les lots sont classés plus ou moins par catégorie et localisation à l’intérieur de la ferme, et reflètent bien ce qu’on pouvait trouver dans une ferme de l’époque. On trouve d’abord de la literie puis de la vaisselle, des meubles, un fusil de chasse, des tonneaux de poirée et un d’alcool, des produits agricoles.

On remarque en passant que la vaisselle métalique est presque tout le temps marquée du nom du défunt, sauf un lot marqué d'un autre lot, probablement acquis lors d'une telle vente ou auprès du propriétaire précédent par le défunt.

 Le capital du défunt reposait essentiellement sur son bétail, mais dont le prix de vente semble dévalué par rapport au marché. Les bêtes vendues ne sont pas âgées. La paire de bœufs vendue 140 francs aurait dû en rapporter 600. Y-a-t-il eu magouille et entente pour ne pas faire monter les prix ?  Il s’agit de la force motrice de l’époque et elles auraient dû rapporter le double au moins. 


Deux véhicules sont aussi vendus. Le matériel professionnel ne fait pas défunt, avec une enclume, des marteaux, de la ferraille, achetés par un autre maréchal (3)

Lors de cette vente, François Vaidie a acheté plusieurs choses
Tout d’abord, il a acquis le lot 117 (un marchepied et ce qu’il y a dedans de graine de chanvre) pour 9,75 f
puis le lot 119 (un coffre fermant à clé) à 9 francs 50

Le lot 120 (une pipe remplie d’eau blanche (4) ) à 85 francs
et finalement le lot 189 (un grand coffre situé dans la boulangerie) à 42 francs 75



Pour plus de détail, je vous invite à lire le document originel, facile à déchiffrer, disponible ici

Résultat de la vente


A l’issue des six jours de vente, le notaire a dressé un constat et remis le montant obtenu aux tuteurs des enfants, contre quittance. Elle a rapporté 2783 francs

On a vu ici ce qu’on peut trouver dans une ferme du début du 19 siècle. Même si on ne voit pas tout, comme c’est le cas avec un inventaire après décès, on a une idée du prix que les gens pouvaient accorder aux objets, et se rendre compte que certaines pratiques illégales avaient cours dans nos campagnes.


Notes

(1)    Couvertures matelassées
(2)    Trépied
(3) Maréchal ferrant, forgeron
(4)    Une pipe dans ce contexte est un fut de forme allongée, d'une contenance d'environ 450 litres. L'eau blanche, au début du XIXe siècle désigne le produit intermédiaire obtenu après la première distillation du cidre? C'est un liquide blanchâtre, trouble, titrant 20 à 25° qui ne peut être commercialisé. Une seconde distillation à partir de ce liquide produit l'eau de vie de cidre (le nom calvados est apparu au XXe siècle)
Une pipe à cidre


Source


AD 61  4E150 / 129 n° 40


Drapier

 L'encyclopédie Diderot définit le drap de la manière suivante: 

Adriaen Bloem - Dans la boutique du drapier
vers 1670
Hallwylska Museet - Stockolm 
 Google Art Project


“ Espèce d’estoffe de laine “


puis elle énumère à la suite de ce texte lapidaire un certain nombre “ d’exemples “ tels que le “ bon drap “, le drap fin, le gros drap, le drap de Hollande, du Berry, d’Espagne, etc. Elle cite aussi le “ drap de soye “ et le drap d’or avant de terminer en indiquant qu’employé seul, il s’agit toujours de drap de laine.









Une autre définition, plus récente , dans l’art du teinturier  coloriste sur laine, soie, fil et coton   d’Auguste Vinçart (Paris 1820) est plus précise:


“ Une étoffe de laine qui participe des qualités de la toire par son tissus et de celle du feutre par l'opération de foulage qu’on lui fait subir “


Le mot drapier désigne la personne dont le métier est la fabrication du drap puis sa vente. En pratique, ce mot désigne tout aussi bien le marchand de drap, le patron de la manufacture, que l’ouvrier qui fabrique effectivement ce tissu. Les ouvriers peuvent faire partie de plusieurs catégories en fonction des tâches spécialisées dont ils s’occupent. Il y a donc plusieurs métiers qui collaborent avec le drapier pour la fabrication du drap. Cela n’empêche pas certains ouvriers de s'acquitter de plusieurs de ces tâches intervenant dans le processus de fabrication.  



On distingue les tâches suivantes:


  • Le lavage des laines, jusqu’à leur séchage
  • Le peignage des laines
  • Le triage des laines
  • Le cardage
  • Le travail des petites cardes, le filage
  • Le tissage sur métier
  • L’épinçage des draps avant le dégraissage
  • Le foulage
  • La tonte des draps
  • Friser les étoffes


Parmi ces opérations, celui qui est dit drapier, outre le vendeur ou le patron, est le tisserand qui fabrique effectivement le drap sur son métier.


Certaines de ces étapes méritent quelques explications:



Cardage


Il s’agit de démêler, d'aérer et d’aligner les fibres dans le même sens. Pour cette opération on utilise des cardes, qui sont de petites brosses destinées à cet usage.


Filage


Cette opération permet de produire du fil à partir de la laine préalablement lavée et cardée. Initialement réalisée à la main, à l’aide d’un fuseau ou d’un rouet, cette opération est réalisée dans des filatures depuis la révolution industrielle.  Des machines spécialisées se sont substituées aux fileuses depuis cette époque.


Epinçage


Par cette opération on débarrasse le drap obtenu après  le tissage de ses impuretés, des nœuds, de ses défauts. C’est un travail minutieux, réalisé à la main par des ouvrières spécialisées . Un terme synonyme est épincetage, tandis que l’ouvrière en charge de cette opération est appelée épinceteuse ou raccroteuse, selon les régions



Foulage


Roue du petit moulin à Orbec
Il s'agit d'un moulin à blé du XIIe siècle

Aussi appelé foulonage, le foulage permet de dégraisser et feutrer la laine en resserrant les fibres du tissu. Cette opération  a d’abord été réalisée en piétinant les étoffes dans des bassins d’eau savonneuse. Mais rapidement on a utilisé les moulins à foulon. Ceux-ci, mus par la force hydraulique, sont apparus en Europe au Xe siècle. On considère le moulin à foulon comme la première machine utilisée dans l’industrie textile. (1)


Grâce à la force hydraulique, un arbre à cames actionne des maillets ou des pilons en bois qui martèlent le tissu. Le tissu est placé dans un bassin appelé cuve, pile ou dorme. Ce bassin est rempli d’eau chaude alcaline mélangée à de l’argile smectique,  aussi appelée terre à foulon, pour son action dégraissante.





Tonte des draps, ou tondage


Les tondeurs de drap
Eau forte du XVIIe
Publiée par Jacques Lagniet, Paris 
Il faut lisser et égaliser la surface des draps de laine obtenus par les opérations précédentes. C’est ce qui est fait lors de la tonte des draps. On utilise pour cela de grandes cisailles L'ouvrier chargé de ce travail était le tondeur. Il travaillait sur une grande table sur laquelle il étalait la pièce de tissu dont il s’occupait. C’était un des métiers les plus pénibles de la chaîne de production.



Friser ou ratiner le drap


Il s’agit ici de former de petits grains ou boutons très durs à la surface du tissu, en travaillant le poil de la laine. On créait ainsi un aspect velouté ou granuleux, permettant de masquer les imperfections des laines de qualité inférieures, et de mieux les valoriser. 


Cette opération pouvait être réalisée manuellement par les ouvrières à l’aide d’un frisoir, ou mécaniquement en utilisant une machine à friser. Certains draps de laine étaient frisés à l'envers (les draps noirs par exemple) alors que d’autres l’étaient à l'endroit.




Comme on vient de le voir, il y avait plusieurs métiers qui intervenaient dans la fabrication des draps. De nos jours, des machines s’occupent de ces tâches, conduites par des ouvriers spécialisés.


Le drap produit servait à la confection d’habits beaucoup plus durables que ceux produits actuellement. De plus, ils étaient chauds. Nos ancêtres, qui vivaient dans des logements souvent dépourvus de fenêtres, avaient besoin de se tenir au chaud. Sous leurs couettes on trouvait aussi des draps (2)


François d'Assise en robe de bure
par Francisco de Zurbarán.
Il existe plusieurs sortes de draps, de différentes qualités, destinés à différents usages. Cela va du drap d’or et du drap d’argent, termes génériques désignant des étoffes somptueuses, fines, de grande qualité, jusqu’au drap de gros bureau (ou bure), grossier, blanc ou teinté de gris ou de noir, utilisé par les classes populaires et les moines, en passant par le drap de dame, léger et doux, ressemblant à la flanelle, le drap militaire, teinté aux couleurs des uniformes, le drap de soie, le drap de velour, le drap mortuaire, etc.


Une autre étoffe de laine, le serge, plus ordinaire que le drap, mais moins chaude et moins solide était aussi très répandue. Elle était fabriquée par le sergier, et était moins chère que le drap.


Avec le drap, on fabriquait les vestes, les manteaux, les culottes d’homme, le tout pour l’hiver. 

Avec le serge, on fabriquait les jupes des femmes, les vestes légères, pour l’hiver aussi.

Le reste était fabriqué en chanvre et en lin. La fabrication de ces tissus était l’affaire du tissier. 


Les ouvriers utilisaient lle drap du pauvre, en réalité une serge grossière, non teinte, de couleur brune, jamais noire, pour la confection de leurs vêtements.


L’industrie textile est, depuis la nuit des temps, une des plus importantes de l’humanité, tant par sa chaîne de production, allant du berger jusqu’au fabricant de vêtements et au marchand, que par l’emploi quasi universel de sa production.


Le Nord de la France et la  Flandre sont des régions où cette industrie a été florissante et d’une grande importance jusqu’à récemment. 






Parmi mes ancêtres, Jacques Joseph LAFFEZ (1738- avant 1819) était drapier à Lille. Ouvrier drapier, plus précisément.




Notes


1: Orbec est la ville où j’ai grandi. Il y avait là au moyen âge de nombreux moulins (une quarantaine pour la vallée  qui profitaient du fort débit de l’orbiquet, rivière qui irrigue cette petite ville du Calvados. Parmi ces moulins, il y avait plusieurs moulins à foulon. Certains moulins pouvaient changer de destination, de moulin à blé être transformé en moulin à foulon, par exemple.


2: On en trouve trace dans certains contrats de mariage, comme le contrat de mariage de Sébastien Maignan et Renée Maignan


Contrat entre Noel Roussel et Pierre Crouillebois

Je tiens à remercier Nathalie CHANTELOUP et Vincent PRD’HOMME , membres de l’asociation “Centre Généalogique de l’Orne et du Perche”, dont je fais partie, pour leurs réponses rapides et essentielles à la demande d’aide posée sur notre liste de diffusion lorsque j’ai été bloqué pour la transcription du document présenté ici. Sans l’eur aide, je pense que je n’aurais pas pu terminer cette transcription, et que celle-ci aurait comporté des erreurs. Il est vrai que ce document, de la fin du XVIIe siècle, n'est pas des plus faciles à lire. Je vous laisse juger par vous même.


Noël ROUSSEL, époux de Jeanne DAUVERNÉ, est mon soza 768, c’est à dire l’ancêtre  direct de ma Maman en lignée agnatique, à la dixième génération (en me prenant pour point de départ) Ils se sont mariés le 25 mai 1662 À Lucé, dans l’ouest de l’Orne. Jeanne est décédée le 5 octobre 1680, après lui avoir donné (au moins) un fils, Pierre, qui est lui aussi notre ancêtre, mais sur lequel je n’ai pas beaucoup d'informations au moment où j’écris. (1)

Noël s’est ensuite remarié, en 1880 avec Guillemine HAMMARD.

Le contrat que je vous présente ici est daté du 26 décembre 1682. Il a été passé chez le notaire de Saint Front (ancienne Paroisse, puis commune de l’Orne, rattachée à Domfront en 1863. Il nous éclaire sur la condition de Noël et sur certaines pratiques de l’époque, et finalement apporte d’autres interrogations.



Première page

Première page à droite

1    Le vingt sixième jour de décembre 

2 l’an mil six cent quatre vingt deux avant 3    midy au bourg de Saint Front devant nous 4 nottaire gardenotte royal de la 5 vicomté de Domfront soussigné 6 fut p(rese)nt en sa personne Noël Roussel 7 laboureur demeurant au lieu de Baseille, paroisse 8 Lucé lequel a ce jour d’hui subrogé en son lieu et place 9 Pierre Croullebois fermier au lieu de laumosne 10 paroisse de Saint front à ce p(rese)nt et acceptant a 11 la jouissance d’une portion de terre estant en une 12 plus grande piece nommée la cholletière proche 13 led(it) lieu de Laumosne icelle portion dependante 14 dud(it) au lieu de Baseille appartenante au Sieur Devi--- 15 et tenue de luy a ferme par ledit Roussel pour 16 ledit Pierre Croullebois jouir en ____ de ladite 17 piece de terre penant cinq ans et autant de 18 cueillettes entères et consécutives qui commenceront 19 a Pâques prochain et finiront a pareil jour 20 et terme laquelle portion ledit Croullebois pourra 21 ensemencer et labourer la dernière année du pr(ese)nt 22 de telles semencesqu’il vaira bon sans ____ 23 dudit Roussel ce faict la première subrogation 24 moyennant et par le prix et somme de douze 25 livres que ledit Croullebois sest submit et obligé 26 payer audit Roussel pour chacun an prochain terme 27 dudit jour de Pâques prochain en un an et ainsy 28 continuer d’an en an jusques à l'expiration du 29 p(rése)nt et attendu que ledit Crouillebois a jouy 30 de lad(ite) piece de terre et depuis Pâques dernièr 31 jusques a p(rése)nt il continuera de jouir jusque 32 a la fin du pr(ése)nt ce faict aussy moyennant douze 33 livres que ledit Crouillebois a payé p(rése)ntement 34 audit Roussel pour la jouissance de ladite portion 35 de terre pour cette année courante et qui finira 36 au dit jour de Pâques prochain et pas advant 37 ainsy que ledit Roussel la recongneu et sest tenu




Deuxième page à gauche



Deuxième page


1    content mesme  ledit Roussel a recongneu avoir  

2 receu treize  livres en deduction du contenu en certain

3 accord faict entreux devant Coignard notaire pour la

4 jouissance de ladite portion de terre pour l’année mil

5 six cent quatre vingt un sans préjudice du surplus

6 s’il en est deu suivant ? accord et sans préjudice

                        sil en esté et suivant leurd(it) accord

7 des fermages a eschoir pourra aussy led(it) Crouillebois 

8 cueillir les pailles  la dernière année        

9 couppera  et enlevera tout bois taillable bon 

10 a tailler pendant le p(rese)t  et  ainsy daccord p(rese)ntce

11 Jean Balloche lesné et  (second témoin pas nommé)

12 de lad(ite) paroisse de Saint Front temoings


Signatures:


Noel Roussel

J Balloche

J. Legenissel, notaire, en bas à gauche

Une autre, celle du 2ème témoin, qui n’est pas nommé

La marque de Pierre Crouillebois



Quelques mots manquent dans la transcription et il subsiste quelques hésitations dans la lecture (en rouge) mais cela n’empêche pas la compréhension  de la teneur du texte.




Tout d’abord, nous avons une indication sur le lieu d’habitation de Noël. Il vit au lieu de la Bazeille à Lucé (2). Ce hameau est situé à environ 2,5 km de Lucé (mesure effectuée sur la carte IGN au 25000e de Domfront),et 2,7 de Saint Front.


Le preneur, Pierre CROUILLEBOIS (3), demeure au lieu de “lausmone” (L’Aumône). Ce hameau appartien à la paroisse de Saint Front, mais se trouve à moins d’un kilomètre de la Bazeille.


La Bazeille est le plus au nord, Lucé le plus au sud.
L'Aumône entre les deux

Les deux hommes sont donc de proches voisins et se connaissent bien. Noël ROUSSEL est laboureur. Il possède donc au moins un train de labour, c'est-à-dire une charrue et les bêtes pour la tirer. Pierre CROUILLEBOIS est fermier. Il loue à ferme des bâtiments et des terres qu’il doit mettre en valeur sous certaines conditions contractuelles. Comme dans tout contrat de fermage , il doit payer une redevance au propriétaire, en nature ou en monnaie sonnante et trébuchante, voire les deux. Mais je n’en dirai pas plus. Je ne connais pas son contrat. 


Bien que Noël soit laboureur, il est aussi fermier. Il possède peut-être des terres, mais il a tout de même une partie de son exploitation, ce que nous confirme ce contrat.


Dans ce contrat, Noël ROUSSEL a subrogé à Pierre CROUILLEBOIS une portion de terre faisant partie d’une pièce de terre plus grande, appelée la Cholletière, située près de “lausmone” où ce dernier a son exploitation. Cette pièce de terre (la Cholletière) appartient à un Sieur dont le nom est inscrit dans l’acte, mais sans qu’il ait pu être lu, et est tenue à ferme par Noël. Celui-ci est donc tenu à des obligations concernant cette terre, soumis à une redevance, etc. Par cet acte de subrogation, il place son voisin à sa place pour l’exploiter. Il en aura de plus la jouissance, c’est à dire qu’il pourra en tirer pleinement tout ce qu’il aura produit par son travail, sans en reverser une partie en nature à Noël. Le contrat prévoit même que Pierre pourra labourer et ensemencer la dernière des cinq années prévues. Peut-être dans l’idée d’une autre subrogation à la suite ?

La contrepartie est financière. Le loyer est de 12 livres annuelles(5). Pierre CROUILLEBOIS a de plus l’obligation de cultiver la terre “en bon père de famille”, de l’entretenir, de ne pas la laisser en friche, etc. Cette obligation est liée au fermage lui-même. Noël y était assujetti, Pierre doit le remplacer. Le fait que Pierre puisse jouir pleinement du produit de cette terre indique que ce devait être aussi le cas de Noël. Sinon il aurait réclamé pour redevance au minimum de qui payer celle qu’il doit toujours au propriétaire.


On peut aussi noter que l’année précédente, les deux hommes avaient déjà conclu un tel accord concernant cette portion de terre devant le notaire Coignard.


Pourquoi Noël a-t-il subrogé ce terrain ?


Il s’est marié pour la première fois en 1662. On peut imaginer qu’il avait entre 20 et 30 ans lors de ce mariage. En 1682 il avait donc entre 40 et 50 ans. Il est pour le moment impossible de savoir quel était son âge à ce moment.


On ne peut donc pas affirmer qu’il a fait cela en raison d’une incapacité à s’occuper lui-même de la terre en raison de l’âge. Trois autres possibilités pourraient expliquer cela


Les terres dont il s’occupait, qu’elles aient été  les siennes ou qu’il les ait prises en fermage, étaient peut-être trop étendues pour lui seul, ou avec l’aide des enfants de son premier lit. Jeanne DAUVERNÉ était décédée en 1680, et l'aîné de ses enfants avait moins de 18 ans en 1682. On travaillait jeune à l’époque, mais il n’y avait peut-être pas suffisamment de main d'œuvre pour l’exploitation. Quant aux enfants de Guillemine HAMMARD, épousée en 1680, un peu plus d’un mois après le décès de Jeanne (6) 


Une autre possibilité serait que Noël ai eu un accident ou une maladie qui, tout en ne l’handicapant pas totalement, l’aurait diminué physiquement. N’oublions pas que pour les terres tenues en fermage, la culture était une obligation.


On ne peut de toutefois pas exclure que Noël ROSSEL ai subrogé ce terrain à son voisin sans y avoir été contraint par une des causes précédentes.


Notes


  1. Je suis tombé sur le contrat de mariage de Pierre lors de la rédaction de cet article. Mais au moment où j’écris, je ne l’ai pas encore regardé
  2. La Bazeille à Lucé ne doit pas être confondue avec la Bazeille à Saint Front, qui lui est proche. Les deux hameaux sont situés sur le cours d’un ruisseau qui leur a donné son nom
  3. Le notaire hésite entre CROULLEBOIS et CROUILLEBOIS. L’orthographe n’était pas fixée à l’époque. Pour ma part je rencontre fréquemment le patronyme 
  4. CROUILLEBOIS lorsque je fais des relevés pour Saint Front. Je m’en tiendrai donc à cette orthographe.
  5. A titre de comparaison, en 1675 des troupes opérant dans la guerre de Hollande ont pris leurs quartiers d’hiver en Alsace et ont commis un certain nombres d’exaction qui ont données lieu à des estimations qui nous sont parvenues. Entre autres:
    1. Incendie d’une maison à Illhaeusein 167 livres
    2. Incendie d’une maison à Sélestat 334 livres
    3. Incendie d’une autre maison à Séléstat 330 livres
    4. Vol d’un cheval 90 livres
    5. Une grange et une écurie brûlées 150 livres
 Dans mémoire des paysans, par MARC Moriceau, collection Texte, Tallendierd’après les AD 68 E 1144

6.  Ce remariage rapide indique que peut être Noël a des enfants très jeunes, et qu’il faut une femme à la maison. Elle même était probablement veuve.


Sources


AD 61, archives notariales, Saint Front:
4E 139 / 47, disponible sur Généanet, vues 108 et 109

Blanchisseuses, lavandières, buandières, lingères

 De nos jours nous utilisons la machine à laver pour faire la lessive et avons recourt au pressing pour les choses délicates ou difficiles à traiter à la maison. 

Bien que le premier brevet pour une machine à laver ait été déposé en 1797 aux USA par Nathaniel Briggs (mais elle avait été imaginée en 1767 en Allemagne par Jacob Christian Schäffer), elle ne se démocratisa réellement que dans les années 1950 en occident, après l’invention d’une machine entièrement automatique (Société Bendix en 1937)

Mais avant cela la lessive devait être faite à la main, parfois avec l’aide de machines mécaniques, plutôt réservées aux professionnelles pour la période la plus récente, avant l’électrification.  Cette tâche est restée pendant des siècles une affaire de femmes. 

C’était un travail ingrat et difficile, surtout en période hivernale, et très chronophage. Dans les foyers aisés, noblesse, bourgeoisie, on avait recours à l’emploi de personnel spécialisé, une lavandière par exemple, ou bien on confiait cette tâche à une des servantes de la maison.

Bon nombre de foyers, les hommes seuls aussi, confiaient leur linge à des professionnelles. 


Plusieurs métiers, plus ou moins liés les uns aux autres, s’acquittaient de ces travaux. Nous y reviendrons plus loin.

Le linge était initialement lavé à la rivière, avant la généralisation du lavoir dont l’usage fut rendu obligatoire en France au XIXe siècle (pour raison d’hygiène) On pouvait aussi laver à la maison, mais dans ce cas il fallait aller chercher l’eau à la rivière, ou la puiser au puit. 

Dans les villes cependant, les logements étant le plus souvent trop petits, et l’accès à l’eau compliqué, sans parler de son évacuation (par la fenêtre) il fallait se rendre dans les établissements spécialisés, soit professionnels, soit en « libre-service ».


Les tâches étaient les suivantes, sans trop entrer dans les détails :


1) Emmener le linge à la rivière ou au lavoir (obligatoire à partir de 1850), ou bien aller chercher l’eau à la rivière ou au puit. 

2) Laver le linge, avec toutes les étapes nécessaires, telles que rinçage, savonnage, battage, à nouveau rinçage, essorage, et j’en oublie certainement. Ces étapes étaient pénibles car il fallait travailler avec de l’eau froide, parfois glacée, à genoux, ou encore avec de l’eau bouillante. Battre le linge et l’essorer étaient des opérations physiques qui nécessitaient de la poigne et étaient fatigantes. Ce travail était long, mais le lavoir était un univers féminin, et elles pouvaient profiter de ces moments sans se soucier des hommes qui avaient, à l’époque, quasiment tous les droits sur leurs épouses. Elles pouvaient aussi y vider leurs querelles.

3) Il fallait ensuite ramener le linge à la maison, encore plus lourd qu’à l’aller, en raison du poids de l’eau.

4) Faire sécher le linge

5) Le repasser.



L’extrait de l’Assommoir, d’Émile Zola, publié en  1876 décrit bien l’ambiance du lavoir, en ville, fréquenté dans ce cas par des ménagères:


Scène du lavoir
Férat / Paillard, 1879.
Illustration
 de l'Assomoir de Busnach et Gastineau d'après
l'oeuvre de Zola
@Gallica - BNF

C’était un immense hangar, à plafond plat, à poutres apparentes, monté sur des piliers de fonte, fermé par de larges fenêtres claires. Un plein jour blafard passait librement dans la buée chaude suspendue comme un brouillard laiteux. Des fumées montaient de certains coins, s’étalant, noyant les fonds d’un voile bleuâtre. Il pleuvait une humidité lourde, chargée d’une odeur savonneuse ; et, par moments, des souffles plus forts d’eau de javelle dominaient. Le long des batteries, aux deux côtés de l’allée centrale, il y avait des files de femmes, les bras nus jusqu’aux épaules, le cou nu, les jupes raccourcies montrant des bas de couleur et de gros souliers lacés. Elles tapaient furieusement, riaient, se renversaient pour crier un mot dans le vacarme, se penchaient au fond de leurs baquets, ordurières, brutales, dégingandées, trempées comme par une averse, les chairs rougies et fumantes. Autour d’elles, sous elles, coulait un grand ruissellement, les seaux d’eau chaude promenés et vidés d’un trait, les robinets d’eau froide ouverts, pissant de haut, les éclaboussements des battoirs, les égouttures des linges rincés, les mares où elles pataugeaient s’en allant par petits ruisseaux sur les dalles en pente. Et, au milieu des cris, des coups cadencés, du bruit murmurant de pluie, de cette clameur d’orage s’étouffant sous le plafond mouillé, la machine à vapeur, à droite, toute blanche d’une rosée fine, haletait et ronflait sans relâche, avec la trépidation dansante de son volant qui semblait régler l’énormité du tapage.


Les professionnelles se répartissaient en plusieurs métiers


Lavandière


Le dictionnaire de l’Académie Française de 1694 définit la lavandière comme une femme qui «

Lavandière normande


lave la lessive », lessive étant pris ici dans le sens de l’ensemble du linge qui doit être lavé.

En ville, la présence de lavandières de métier est attestée depuis le moyen âge. 

Le dictionnaire de Pierre RICHELET, datant de 1706 ; indique que la lavandière est chargée des opérations de « grosse lessive ». Elle aide la blanchisseuse dont elle dépend.


Femmes lavant le linge au lavoir
Agence Rol -- 1922
@Gallica








La blanchisseuse
Estampe
Louis Marin Bonnet (1743 - 1793)
@Gallica

Blanchisseuse


Il s’agit de « celle qui rend le linge plus blanc », selon les mêmes sources. Elle s’occupe, comme son nom l’indique, de blanchir le linge. Mais elle peut bien sur s’occuper du gros linge, du petit linge, du linge délicat. 

La blancheur du vêtement joue un rôle important. C’est un signe d’appartenance de classe, de propreté aussi. La blanchisseuse a donc une place importante dans la société.

Au XIXe siècle, lavandières et blanchisseuses sont clairement distinguées.





Buandière


Il s’agit d’une blanchisseuse spécialisée dans le linge fin, notamment dans les tissus colorés qui demandent un traitement particulier et délicat pour ne pas perdre leurs couleurs. 


Repasseuse


La repasseuse, comme son nom l’indique, s’occupe de la tâche finale de la lessive, le repassage et le pliage du linge. Pour cela elle utilise des fers à repasser en fonte. Il en existait de deux sortes : Certains disposaient d’un réservoir que l’on remplissait de braises pour les maintenir chauds. Les autres, sans réservoirs, devaient être chauffés, sur la cuisinière à bois ou charbon de la maison, voire directement sur le feu, ou dans les blanchisseries professionnelles sue des poêles spéciaux, disposant d’un plan incliné permettant d’aligner les fers à chauffer. 

La repasseuse
Edgard Degas
Vers 1869

L’utilisation était plus compliquée que maintenant. Il n’y avait aucun dispositif de réglage de la chaleur. La repasseuse devait donc faire appel à tout son savoir faire et à quelques astuces pour savoir si elle pouvait utiliser le fer sur le linge efficacement, et sans le brûler. Elle devait faire aussi attention à ne pas se brûler elle-même en saisissant le fer dont le manche était lui aussi en fonte, car coulé d’une seule pièce avec l’ensemble de l’objet. Il faut aussi noter que lorsque le fer était chauffé directement sur la braise, sa semelle s’encrassait. Il fallait donc impérativement la nettoyer avant de l’utiliser, et rapidement pour que le fer ne refroidisse pas. On frottait le fer sur un sac de toile épaisse, sur de la cire d’abeille, ou encore sur du gros sel, avant le repassage. 

Pour gagner du temps, la repasseuse utilisait en alternance deux fer. Elle repassait avec un fer pendant que l’autre chauffait.  


Lingère


Il s’agit d’un métier différent de ceux évoqués précédemment. Au XIXe siècle, la lingère était une travailleuse qualifiée qui gérait, réparait, entretenait le linge précieux et le linge de corps dans les maisons aisées, bourgeoises ou nobles.  A l’époque, le linge était quelque chose de précieux. Avant la mode de la « fast fashion », le linge avait une réelle valeur. Dans les grandes maisons, la lingère régnait sur les laveuses et les repasseuses. Son travail, outre la garde du linge (parfois mis sous clé)  et la gestion du personnel subalterne , était délicat. Elle devait repasser, amidonner, mettre en forme les chemises, les bonnets, les coiffes, les jupons, la lingerie. Elle devait entretenir la soie et la dentelle. Comme les autres professions évoquées plus tôt, c’était une profession ancienne, connue depuis le moyen âge. La formation était stricte et son apprentissage durait 3 ou 4 ans. 

Plus tard ce métier se démocratisa et il y eu des lingères-repasseuses qui tenaient boutique en ville. 

De nos jours, le métier de lingère (ou linger pour les hommes) désigne la personne chargée de l’entretien, du lavage, du repassage, du rangement, de la distribution du linge

La lingère
Léon Delachaux
Musée d'Orsay

, au sein d’une structure, hôpital et hôtel entre autres, en dirigeant le personnel spécialisé ou en faisant appel à des sous traitants. 


Comme on le voit, tous ces métiers, indispensables dans une société où les dispositifs que nous utilisons tous les jours n’existaient pas, étaient des métiers plutôt pénibles, exercés dans des environnements difficiles (lavoirs, rivières, quelle que soit la météo, etc.)


De nos aïeules on ne connait bien souvent pas la profession, sauf pour les plus proches d’entre elles. Mais toutes ont dû s’adonner à ces corvées pénibles. 



Parmi mes aïeules :


Marthe Roncin (Soza 11) était lingère à Challes (72) en 1913

Marie Yvonne Robinard (Soza 17) était blanchisseuse à Vannes (56) en 1880

Félicité Fourré (soza 27) était blanchisseuse à Lucé (61) en 1876


Je leur dédie cet article, ainsi qu’à toutes les femmes de ma famille.


Encan

Une vente à l’encan, c’est une vente aux enchères publique. Le terme employé est tombé en désuétude de ce côté de l’atlantique mais reste d’...