Introduction
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| A Lille, porte de la Madeleine vers 1835 (de Gand, à présent), gravure de Rauch |
Le dictionnaire c, de Robert DE HESSELN, publié en plusieurs volumes à la fin du XVIII ème siècle est un ouvrage qui, comme son nom et son préambule l’indiquent, contient des articles sur la géographie, l’histoire de la France, de ses provinces, de ses bourgs. Le tome 3 contient une description de Lille, selon plusieurs aspects.
Nous trouvons, sur 24 pages, les informations suivantes:
* La localisation géographique de Lille
* La description des installations militaires, Lille étant une importante ville de garnison à cette époque, dont la population, estimée entre 70 000 et 80 000 habitants, comporte une garnison de 6 000 hommes en temps de paix, soit une proportion d’environ 8%. Cette partie de l’article est assez importante.
* Une description de la ville elle-même, de ses rues, de ses maisons, de son administration ainsi que de celle de la châtellenie de Lille, de ses institutions, tant civiles que religieuses, etc.
* Enfin, la dernière partie, qui s’étend sur six pages, décrit les conditions de vie et les mœurs des habitants de la ville et de ses faubourgs.
Cette dernière partie est l’objet qui nous intéresse ici. Les autres parties me serviront de points d’appuis pour de futurs articles.
Quelques observations sur la salubrité au XVIIème siècle
Lille est située en plat pays, et bâtie (à l’époque) sur un terrain partiellement marécageux. Une partie de la ville est sur pilotis, des canaux et des cours d’eau la traversent. Dans certaines zones, les sources affleurent presque. Le dictionnaire indique 2 à 3 pieds, soit à peine 1 mètre, comme profondeur de ce sources.
Si on ajoute à cela un climat froid et humide une bonne partie de l’année, on comprend que les conditions naturelles sont difficiles pour la population.
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| Lille, la braderie par F. Watteau, 1758-1823 Musée de l'Hospice Comtesse, Lille |
| Musée de l'Hospice Co construite avec de belles maisons semble-t-il, avec des maisons occupées depuis les caves |
où vivent des familles jusqu’aux mansardes sous les combles.
Cette situation de l’habitat n’est pas nouvelle et est perceptible à la lecture d’un dénombrement de population datant de la fin du XVII ème siècle. Le dictionnaire indique:
“Les maison de la ville sont presque toutes régulières, d’un goût moderne, présentent généralement de belles façades à deux étages, sans y comprendre la mansarde, ayant chacune une ou plusieurs cave peu profondes dans lesquelles loge une quantité prodigieuse de peuple. “ (Page 617)
L’auteur indique que les murs sont peu épais, de briques ou de pierres, et qu’il ne reste plus beaucoup de maisons en bois.
Lille a à l’époque une population importante et ignorante de l’hygiène. Les rues, bien tracées et bien construites permettraient l’évacuation des ordures, mais celles-ci sont le plus souvent rassemblées en tas d’immondices qui parsèment les places et les carrefours, empoisonnant l’atmosphère. On n’ose imaginer la puanteur qui devait envahir la ville.
A cela il faut ajouter le fumier des animaux de la ville (fumier d’écurie) , qui n’est pas évacué tous les jours et reste en place parfois pendant 8 jours là où on l’a déposé avant que la compagnie qui en fait commerce ne s’en charge. Et n’oublions pas les vidanges qui sont elles évacuées chaque jour depuis l’ouverture des portes jusqu’à 10h du matin, le plus souvent dans des tonneaux de bois , sans couvercle . Ces vidanges se vendent d’ailleurs 3 à 4 sols le tonneau.
On s’en doute, la ville pue !
De nombreux habitants en subissent les conséquences dans leur santé
Les faubourgs ne sont pas en reste.
Dans les villages avoisinants, tous les paysans, quelles que soient leurs conditions, ont à leurs portes des tonneaux dans lesquels ils stockent leurs vidanges, et dans lesquels ils puisent pour arroser leurs légumes, dont, bien sur, ils se nourrissent. L’auteur indique que les campagnes sont plus insalubres encore que les villes de “ce pays”
Cette hygiène déplorable, dont les habitant n’avaient probablement pas conscience, n’était pas sans conséquences: Des maladies endémiques, des fièvres putrides, des exanthèmes (éruptions cutanés diffuses d'apparition aiguë, le plus souvent transitoires, parfois accompagnées d' atteintes des muqueuses) sont fréquentes.
Il en est de même des petites véroles malignes, des rhumatismes, des fièvres inflammatoires, des rhumes, pleurésies et péripneumonies, de l'asthme, etc qui sont très fréquents et font des victimes dans la population.
Les périodes chaudes, avec peu de vent, pendant lesquelles l’atmosphère de la ville stagne et ne se renouvelle pas, provoquent une augmentation importante des décès. (Par exemple, à l’automne 1766, il y a eu 3 fois plus de malades qu’à l’habitude, dont un grand nombre sont morts)
Les habitants de Lille sont peu sobres sur leur nourriture et leur boisson, et ceci qu’ils soient du peuple ou de la haute société.
Ils commencent la journée avec du thé et des tartines
La population; à cette époque, n’a guère d’occupation en dehors du travail. Aussi les Lillois aiment la table.
Le dîner (déjeuner actuel) et le souper (dîner actuel) sont copieux “en gras et en maigre”, en proportion de la fortune des convives bien évidement. L’eau n’étant pas potable, la boisson ordinaire est la bière. A la moitié du repas le vin lui succède. Café et liqueurs ne manquant pas à la fin de ces deux repas.
Les bourgeois, selon l’auteur de l’article, sont cependant plus frugaux que les deux autres classes, ce qui ne les empêche pas d’imiter la haute société lord de grands festins.
Les pauvres, le ouvriers dépensent ce qu’ils gagnent au fur et à mesure et ne font pas d’économies. Les hommes finissent généralement leur journée au cabaret, ou à l’estaminet, car il n’y a pas autre chose à faire.
Je reviendrai dans un futur article sur le contenu des assiettes !
Comme on vient de le voir, en raison des conditions environnementales, et de celles créées par l’homme lui-même en raison du manque d’hygiène, les conditions de vie à Lille à la fin du XVIII ème siècle n’étaient ni faciles, ni agréables. Cependant, malgré l’exposition à de nombreuses maladies, la population profitait comme elle le pouvait, de la vie.
Les Lillois ne se privaient pas pour manger à satiété, en se rendaient au cabaret ou à l’estaminet pour se distraire, ou se promenaient dans les faubourgs où se trouvaient les établissements précités et les guinguettes en grand nombre.
L’auteur de l’article dans le dictionnaire universel de la France termine celui-ci en indiquant ses sources, à savoir:
“Cette description de la ville de Lille a été puisée dans les mémoires de la maison de ville fournis au bureau du contrôle général. Nous y avons ajouté plusieurs observations curieuses et intéressantes qui nous ont été fournies pendant l'impression par un patriote zélé et fort instruit. Nous devons le reste de l'article à M. le baron de BOMBELLE officier au régiment de Piémont infanterie.”
Sources
Dictionnaire universel de la France, de Robert DE HESSELN, article Lille (1771) , en cinq volumes
On trouve le volume 5 sur Gallica, les autres sont disponibles sur google books
Un extrait est disponible dans le Castelo Lillois n° 4: Joie de vivre à Lille au XVIII° siècle: https://lillechatellenie.fr/porte/index.php/la-revue

































