L'encyclopédie Diderot définit le drap de la manière suivante:
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| Adriaen Bloem - Dans la boutique du drapier vers 1670 Hallwylska Museet - Stockolm Google Art Project |
“ Espèce d’estoffe de laine “
puis elle énumère à la suite de ce texte lapidaire un certain nombre “ d’exemples “ tels que le “ bon drap “, le drap fin, le gros drap, le drap de Hollande, du Berry, d’Espagne, etc. Elle cite aussi le “ drap de soye “ et le drap d’or avant de terminer en indiquant qu’employé seul, il s’agit toujours de drap de laine.
“ Une étoffe de laine qui participe des qualités de la toire par son tissus et de celle du feutre par l'opération de foulage qu’on lui fait subir “
Le mot drapier désigne la personne dont le métier est la fabrication du drap puis sa vente. En pratique, ce mot désigne tout aussi bien le marchand de drap, le patron de la manufacture, que l’ouvrier qui fabrique effectivement ce tissu. Les ouvriers peuvent faire partie de plusieurs catégories en fonction des tâches spécialisées dont ils s’occupent. Il y a donc plusieurs métiers qui collaborent avec le drapier pour la fabrication du drap. Cela n’empêche pas certains ouvriers de s'acquitter de plusieurs de ces tâches intervenant dans le processus de fabrication.
On distingue les tâches suivantes:
- Le lavage des laines, jusqu’à leur séchage
- Le peignage des laines
- Le triage des laines
- Le cardage
- Le travail des petites cardes, le filage
- Le tissage sur métier
- L’épinçage des draps avant le dégraissage
- Le foulage
- La tonte des draps
- Friser les étoffes
Parmi ces opérations, celui qui est dit drapier, outre le vendeur ou le patron, est le tisserand qui fabrique effectivement le drap sur son métier.
Certaines de ces étapes méritent quelques explications:
Cardage
Il s’agit de démêler, d'aérer et d’aligner les fibres dans le même sens. Pour cette opération on utilise des cardes, qui sont de petites brosses destinées à cet usage.
Filage
Cette opération permet de produire du fil à partir de la laine préalablement lavée et cardée. Initialement réalisée à la main, à l’aide d’un fuseau ou d’un rouet, cette opération est réalisée dans des filatures depuis la révolution industrielle. Des machines spécialisées se sont substituées aux fileuses depuis cette époque.
Epinçage
Par cette opération on débarrasse le drap obtenu après le tissage de ses impuretés, des nœuds, de ses défauts. C’est un travail minutieux, réalisé à la main par des ouvrières spécialisées . Un terme synonyme est épincetage, tandis que l’ouvrière en charge de cette opération est appelée épinceteuse ou raccroteuse, selon les régions
Foulage
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| Roue du petit moulin à Orbec Il s'agit d'un moulin à blé du XIIe siècle |
Grâce à la force hydraulique, un arbre à cames actionne des maillets ou des pilons en bois qui martèlent le tissu. Le tissu est placé dans un bassin appelé cuve, pile ou dorme. Ce bassin est rempli d’eau chaude alcaline mélangée à de l’argile smectique, aussi appelée terre à foulon, pour son action dégraissante.
Tonte des draps, ou tondage
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| Les tondeurs de drap Eau forte du XVIIe Publiée par Jacques Lagniet, Paris |
Friser ou ratiner le drap
Il s’agit ici de former de petits grains ou boutons très durs à la surface du tissu, en travaillant le poil de la laine. On créait ainsi un aspect velouté ou granuleux, permettant de masquer les imperfections des laines de qualité inférieures, et de mieux les valoriser.
Cette opération pouvait être réalisée manuellement par les ouvrières à l’aide d’un frisoir, ou mécaniquement en utilisant une machine à friser. Certains draps de laine étaient frisés à l'envers (les draps noirs par exemple) alors que d’autres l’étaient à l'endroit.
Comme on vient de le voir, il y avait plusieurs métiers qui intervenaient dans la fabrication des draps. De nos jours, des machines s’occupent de ces tâches, conduites par des ouvriers spécialisés.
Le drap produit servait à la confection d’habits beaucoup plus durables que ceux produits actuellement. De plus, ils étaient chauds. Nos ancêtres, qui vivaient dans des logements souvent dépourvus de fenêtres, avaient besoin de se tenir au chaud. Sous leurs couettes on trouvait aussi des draps (2)
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| François d'Assise en robe de bure par Francisco de Zurbarán. |
Une autre étoffe de laine, le serge, plus ordinaire que le drap, mais moins chaude et moins solide était aussi très répandue. Elle était fabriquée par le sergier, et était moins chère que le drap.
Avec le drap, on fabriquait les vestes, les manteaux, les culottes d’homme, le tout pour l’hiver.
Avec le serge, on fabriquait les jupes des femmes, les vestes légères, pour l’hiver aussi.
Le reste était fabriqué en chanvre et en lin. La fabrication de ces tissus était l’affaire du tissier.
Les ouvriers utilisaient lle drap du pauvre, en réalité une serge grossière, non teinte, de couleur brune, jamais noire, pour la confection de leurs vêtements.
L’industrie textile est, depuis la nuit des temps, une des plus importantes de l’humanité, tant par sa chaîne de production, allant du berger jusqu’au fabricant de vêtements et au marchand, que par l’emploi quasi universel de sa production.
Le Nord de la France et la Flandre sont des régions où cette industrie a été florissante et d’une grande importance jusqu’à récemment.
Parmi mes ancêtres, Jacques Joseph LAFFEZ (1738- avant 1819) était drapier à Lille. Ouvrier drapier, plus précisément.
Notes
1: Orbec est la ville où j’ai grandi. Il y avait là au moyen âge de nombreux moulins (une quarantaine pour la vallée qui profitaient du fort débit de l’orbiquet, rivière qui irrigue cette petite ville du Calvados. Parmi ces moulins, il y avait plusieurs moulins à foulon. Certains moulins pouvaient changer de destination, de moulin à blé être transformé en moulin à foulon, par exemple.
2: On en trouve trace dans certains contrats de mariage, comme le contrat de mariage de Sébastien Maignan et Renée Maignan

















