De nos jours nous utilisons la machine à laver pour faire la lessive et avons recourt au pressing pour les choses délicates ou difficiles à traiter à la maison.
Bien que le premier brevet pour une machine à laver ait été déposé en 1797 aux USA par Nathaniel Briggs (mais elle avait été imaginée en 1767 en Allemagne par Jacob Christian Schäffer), elle ne se démocratisa réellement que dans les années 1950 en occident, après l’invention d’une machine entièrement automatique (Société Bendix en 1937)
Mais avant cela la lessive devait être faite à la main, parfois avec l’aide de machines mécaniques, plutôt réservées aux professionnelles pour la période la plus récente, avant l’électrification. Cette tâche est restée pendant des siècles une affaire de femmes.
C’était un travail ingrat et difficile, surtout en période hivernale, et très chronophage. Dans les foyers aisés, noblesse, bourgeoisie, on avait recours à l’emploi de personnel spécialisé, une lavandière par exemple, ou bien on confiait cette tâche à une des servantes de la maison.
Bon nombre de foyers, les hommes seuls aussi, confiaient leur linge à des professionnelles.
Plusieurs métiers, plus ou moins liés les uns aux autres, s’acquittaient de ces travaux. Nous y reviendrons plus loin.
Le linge était initialement lavé à la rivière, avant la généralisation du lavoir dont l’usage fut rendu obligatoire en France au XIXe siècle (pour raison d’hygiène) On pouvait aussi laver à la maison, mais dans ce cas il fallait aller chercher l’eau à la rivière, ou la puiser au puit.
Dans les villes cependant, les logements étant le plus souvent trop petits, et l’accès à l’eau compliqué, sans parler de son évacuation (par la fenêtre) il fallait se rendre dans les établissements spécialisés, soit professionnels, soit en « libre-service ».
Les tâches étaient les suivantes, sans trop entrer dans les détails :
1) Emmener le linge à la rivière ou au lavoir (obligatoire à partir de 1850), ou bien aller chercher l’eau à la rivière ou au puit.
2) Laver le linge, avec toutes les étapes nécessaires, telles que rinçage, savonnage, battage, à nouveau rinçage, essorage, et j’en oublie certainement. Ces étapes étaient pénibles car il fallait travailler avec de l’eau froide, parfois glacée, à genoux, ou encore avec de l’eau bouillante. Battre le linge et l’essorer étaient des opérations physiques qui nécessitaient de la poigne et étaient fatigantes. Ce travail était long, mais le lavoir était un univers féminin, et elles pouvaient profiter de ces moments sans se soucier des hommes qui avaient, à l’époque, quasiment tous les droits sur leurs épouses. Elles pouvaient aussi y vider leurs querelles.
3) Il fallait ensuite ramener le linge à la maison, encore plus lourd qu’à l’aller, en raison du poids de l’eau.
4) Faire sécher le linge
5) Le repasser.
L’extrait de l’Assommoir, d’Émile Zola, publié en 1876 décrit bien l’ambiance du lavoir, en ville, fréquenté dans ce cas par des ménagères:
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| Scène du lavoir Férat / Paillard, 1879. Illustration de l'Assomoir de Busnach et Gastineau d'après l'oeuvre de Zola @Gallica - BNF |
Les professionnelles se répartissaient en plusieurs métiers
Lavandière
Le dictionnaire de l’Académie Française de 1694 définit la lavandière comme une femme qui «
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| Lavandière normande |
lave la lessive », lessive étant pris ici dans le sens de l’ensemble du linge qui doit être lavé.
En ville, la présence de lavandières de métier est attestée depuis le moyen âge.
Le dictionnaire de Pierre RICHELET, datant de 1706 ; indique que la lavandière est chargée des opérations de « grosse lessive ». Elle aide la blanchisseuse dont elle dépend.
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| Femmes lavant le linge au lavoir Agence Rol -- 1922 @Gallica |
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| La blanchisseuse Estampe Louis Marin Bonnet (1743 - 1793) @Gallica |
Blanchisseuse
Il s’agit de « celle qui rend le linge plus blanc », selon les mêmes sources. Elle s’occupe, comme son nom l’indique, de blanchir le linge. Mais elle peut bien sur s’occuper du gros linge, du petit linge, du linge délicat.
La blancheur du vêtement joue un rôle important. C’est un signe d’appartenance de classe, de propreté aussi. La blanchisseuse a donc une place importante dans la société.
Au XIXe siècle, lavandières et blanchisseuses sont clairement distinguées.
Buandière
Il s’agit d’une blanchisseuse spécialisée dans le linge fin, notamment dans les tissus colorés qui demandent un traitement particulier et délicat pour ne pas perdre leurs couleurs.
Repasseuse
La repasseuse, comme son nom l’indique, s’occupe de la tâche finale de la lessive, le repassage et le pliage du linge. Pour cela elle utilise des fers à repasser en fonte. Il en existait de deux sortes : Certains disposaient d’un réservoir que l’on remplissait de braises pour les maintenir chauds. Les autres, sans réservoirs, devaient être chauffés, sur la cuisinière à bois ou charbon de la maison, voire directement sur le feu, ou dans les blanchisseries professionnelles sue des poêles spéciaux, disposant d’un plan incliné permettant d’aligner les fers à chauffer.
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| La repasseuse Edgard Degas Vers 1869 |
L’utilisation était plus compliquée que maintenant. Il n’y avait aucun dispositif de réglage de la chaleur. La repasseuse devait donc faire appel à tout son savoir faire et à quelques astuces pour savoir si elle pouvait utiliser le fer sur le linge efficacement, et sans le brûler. Elle devait faire aussi attention à ne pas se brûler elle-même en saisissant le fer dont le manche était lui aussi en fonte, car coulé d’une seule pièce avec l’ensemble de l’objet. Il faut aussi noter que lorsque le fer était chauffé directement sur la braise, sa semelle s’encrassait. Il fallait donc impérativement la nettoyer avant de l’utiliser, et rapidement pour que le fer ne refroidisse pas. On frottait le fer sur un sac de toile épaisse, sur de la cire d’abeille, ou encore sur du gros sel, avant le repassage.
Pour gagner du temps, la repasseuse utilisait en alternance deux fer. Elle repassait avec un fer pendant que l’autre chauffait.
Lingère
Il s’agit d’un métier différent de ceux évoqués précédemment. Au XIXe siècle, la lingère était une travailleuse qualifiée qui gérait, réparait, entretenait le linge précieux et le linge de corps dans les maisons aisées, bourgeoises ou nobles. A l’époque, le linge était quelque chose de précieux. Avant la mode de la « fast fashion », le linge avait une réelle valeur. Dans les grandes maisons, la lingère régnait sur les laveuses et les repasseuses. Son travail, outre la garde du linge (parfois mis sous clé) et la gestion du personnel subalterne , était délicat. Elle devait repasser, amidonner, mettre en forme les chemises, les bonnets, les coiffes, les jupons, la lingerie. Elle devait entretenir la soie et la dentelle. Comme les autres professions évoquées plus tôt, c’était une profession ancienne, connue depuis le moyen âge. La formation était stricte et son apprentissage durait 3 ou 4 ans.
Plus tard ce métier se démocratisa et il y eu des lingères-repasseuses qui tenaient boutique en ville.
De nos jours, le métier de lingère (ou linger pour les hommes) désigne la personne chargée de l’entretien, du lavage, du repassage, du rangement, de la distribution du linge
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| La lingère Léon Delachaux Musée d'Orsay |
, au sein d’une structure, hôpital et hôtel entre autres, en dirigeant le personnel spécialisé ou en faisant appel à des sous traitants.
Comme on le voit, tous ces métiers, indispensables dans une société où les dispositifs que nous utilisons tous les jours n’existaient pas, étaient des métiers plutôt pénibles, exercés dans des environnements difficiles (lavoirs, rivières, quelle que soit la météo, etc.)
De nos aïeules on ne connait bien souvent pas la profession, sauf pour les plus proches d’entre elles. Mais toutes ont dû s’adonner à ces corvées pénibles.
Parmi mes aïeules :
Marthe Roncin (Soza 11) était lingère à Challes (72) en 1913
Marie Yvonne Robinard (Soza 17) était blanchisseuse à Vannes (56) en 1880
Félicité Fourré (soza 27) était blanchisseuse à Lucé (61) en 1876
Je leur dédie cet article, ainsi qu’à toutes les femmes de ma famille.










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