Contrat de mariage entre Sébastien Maignan et Renée Maignan

Introduction


Le contrat de mariage dont il est question ici est intéressant car il nous informe avec des détails sur le trousseau qui permettra au couple Sébastien Maignan et Renée Maignan de démarrer dans la vie.  La future mariée, Renée, est fille de Julien et Françoise Louveau, mes ancêtres à la 10eme génération (sozas 788 et 789) du côté de la famille Roussel. Ils s’étaient mariés à Ceaucé (Orne) le 24 janvier 1692 et Julien était décédé le 7 septembre 1716 à Torchamp (Orne), à 8.5 km de Ceaucé (par la route actuelle).
Je tiens à remercier les membres du Centre Généalogique de l'Orne et du Perche qui m'ont apporté leur aide pour la lecture de certains mots en fin de texte.

Ce contrat est daté du 18 juillet 1726. Le notaire n'a pas indiqué son nom dans l'acte. Mais il signe Bomer

Note concernant le patronyme Maignan :


Le notaire utilise presque partout l’orthographe Meignan, sauf une fois où il écrit Maignan. 
Dans les signatures, on trouve les deux cas. Dans la transcription j’ai respecté l’orthographe utilisée par le notaire. Pour mon texte j’ai utilisé l’orthographe Maignan, que l’on retrouve dans les actes concernant Jeanne Maignan, épouse de Thomas Pierre Cillere, mes ancêtre à la  8ème génération (toujours dans la branche Roussel)


Le contenu de ce contrat


La dot de la future mariée se compose de trois parties :
Une somme de deux cent livres qui sera payée en quatre fois
Un contrat et une reconnaissance qui vont lui assurer un revenu de onze livres deux sols six deniers,  sur les héritiers de Jean Cillaire. Les informations concernant les documents notariés correspondants me permettront d’aller voir de quoi il s’agit à mon prochain passage aux Archives de l’Orne.
Une liste de linge de maison, de vaisselle et de meubles (des coffres, bien souvent les seuls meubles avec le lit et une maie pour le pain). Mais tous ces biens ne seront pas apportés en nature. Le contrat indique bien qu’ils seront payés « en livre ». La famille s’engage donc à donner l’argent nécessaire au couple, pour un montant estimé à 80 livres
Cette troisième partie comporte une vache et une génisse. Peut-être les bêtes ont-elles été prélevées sur le troupeau familial et non pas achetée ?
Il est à noter qu’un habit est prévu pour la future mariée, et que cet habit doit être adapté à sa condition. En effet, à cette époque, on ne s’habille pas comme on veut. Certains effets sont réservés à la noblesse, d’autres sont obligatoires pour les domestiques, etc.
L’oncle de Renée, Henri Maignan lui fourni pour sa part un trousseau dont les parties sont énumérées. Ceci sera donné en nature au couple.
En dernier lieu, les époux se promettent « douaire » en cas de dissolution, c’est-à-dire en cas de décès de l’un des époux. L’autre ne restera pas sans rien.
Voici donc la transcription du contrat, dont quelques termes techniques m’ont échappé, avec quelques notes. Le texte original en illustration est assez simple à lire.
Quelques explications en fin d’article sur certains termes aujourd’hui en désuétude, voir oubliés



Le contrat


Page 1

Pages 2 et 3

Page 4



















Transcription


NB: l'orthographe est celle du notaire.
Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes en fin d'article
Le texte original ne comporte pratiquement pas de ponctuation. C'est assez compliqué de la restituer correctement. 

Page 1


Du dix-huitième jour de juillet l’an mil sept cent

vingt six au lieu des hais Maltaires (1) paroisse de 
Torchamp, devant nous nottaire royal sousigné.
Pour parvenir a la conclusion et proposition du mariage
espéré estre fait en face de notre mère la Sainte Église
Catholique apostolique et Romaine le permet par entre
Sébastien Meignan, fils de Mathurin Meignan et de Marie
Le Sellier, ses pères et mères d’une part, et de Renée Meignan

fille de deffunct Julien Meignan et de Françoise Louveau
ses pères et mères, d’autre part, tous de cette paroisse, du
consentement de ladite Louveau mère de ladite future et de leurs
plus proches parents et amis et témoins cy
après denomines, se sont donnés la foy de mariage
et promis s’épouser à la première requisition que l’un
en fera à l’autre les solenités de l’Eglise duement
observées, les conventions civiles du présent contrat.
Ont esté présents en leur personne chacun de Françoise 
Louveau mère de la future et de Julien et Henry
Meignan, frères de ladite future lesquels se sont obligés
solidairement un seul et pour le tous sans division
pour telle part, portion et légitime que ladite future
pourait esperer es succession de ces pères et mères
tant venues qu’a venir, scavoir la somme de deux cent
livres, quelle somme de deux cent livres sera payée pour


Page 2


Les termes qui suivent, scavoir cinquante livre le jour des
épousailles, et aincy d’an en an jusques à fin de payement de
la somme de deux cent livres avec le principal et avenages. (2)
d’onze livres deux sols six deniers (3) de rente hypothèques
que les sus nommés ont lieu de se faire payer chacun ans
sur les héritiers de Jean Cillaire (4) suivant le contrat passé
devant Pierre Coignard (5)  nottaire, en datte du septième
de mars l’an mil sept cent vingt avec reconnaissance
en conséquence passée devant Cristophe Grypon  (6) nottaire,
en datte du vingtieme jour de septembre l’an mil sept
cent vingt quatre, tellement que ladite Louveau et Julien et
Henry Meignan ses fils ce sont déssaisis des à présent de la partie des
rente    promis    pour les dits futurs en jouir ,et ce faire payer des les
prochains termes à advenir, et ce sont obligés mettre
le contrat et la reconnaissance en consequence toute fois et quante (7)
entre les mains desdits futurs, item s’obligent comme dessus
payer es livre scavoir un lit garni d’une couette, un traversin
et deux oreillers de toile commune de plume deois, une
couverture de sauye (8) sur fil, un demy tour de lit de toille
rayée, une douzaine de draps, et pareil nombre de
serviettes, les draps de toile ourdie (9) de laine et tissés de gros,
et les serviettes de toile de  ________ dont il y en a une demi
douzaine de toile de lin, deux nappes de  _____  en ___________ , trois
petits plats ronds, et trois assiettes  et un demy plat d’estain
commun, deux coffres, un grand et un petit de bois de chesne 
fermant à clef, un habit selon la condition de ladite future
une vache, une génisse, et six pièces de  ______ et est
justement Henry Maignan, oncle de ladite futur, lequel pour la bone


Page 3


amitié qu’il porte a sa nièce a promis et ces bien
obligé livrer aux dits futurs deux petits plats ronds, et deux
assiettes d’estain commun, quel trousseau sera livré le
jour précédent les espousailles. Et au cas que ladite partie de 
rente se ramortisse (10) avec ladite somme de deux cents livres
ledit futur a promis remplacer sur tous, et chacun ses
meubles , tant immeubles que meubles tant venu qu’à 
venir pour servir de nature de dot à ladite future, et se sont
promis douere (11) l’un à l’autre suivant la coutume, quel douere 
courra du jour de la dissolution du présent sans qu’il soit
besoin d’en faire demande judiciaire directement ou indirectement.
Ont tous lesquels meubles cy dessus spécifiés ont esté estimés
entre les parties à la somme de quatre vingt livres. Et aincy
d’accord après avoir donné lecture aux parties faits es presence
et du concentement de Françoise Louveau, mère de ladite future
et de Julien et Henry Meignan frères de ladite future, et de 
Henry Meignan oncle, et de Mathurin Meiggnan père dudit
futur et de Marie Lesellier mère dudit futur et de Jean
Meignan, frère et de Jeanne Levesque, de Pierre Meignan,
de Jean Martel,  René Meignan, de Guillaume Lesellier
de Jean Faverie, de Pierre Meignan, de Michel Caillebotte
de Jean Baudet, de Henry Faverie, de François Roger
et de discepte(12) personne, George Sesard des Malterres
escuyer sieur de la Maltaire, et de noble dame Anne
Laisné épouse du sieur de la Maltaire, et de François le
Bourdais tous parents et amis et temoings tant costé 
paternel que maternel mot rayé nul présence


Page 4


Les dites parties et les temoings glose(13) ? Meignan approuvé présences 

lesdites parties
Signatures

Pour les signatures, se reporter à la page 4 du contrat. Elles sont facilement identifiables. On note cependant parmi elles:

Sébastine Meignan, le futur

La marque de Renée Maignan, la future

La marque de Françoise Louveau, sa mère
Julien Meignant (le frère de la future)
La marque de Méthurin Meignan, père du futur
La marque de Henry Maignan, oncle de la future
Guillaume Lesellier
Le Seigneur de Malterre et sa dame signent
Etc.

Henry Maignan (frère de la future)

La marque de Marie Lesellier, mère du futur

Jeanne Levesque ( probablement la belle-mère de Julien Maignan, frère de la future, dont l'épouse est Marguerite Maignan)

Bomer, notaire


Conclusion

Ce document est interressant car il nous permet de se rendre compte des biens materiels dont pouvait disposer un couple de jeunes mariés à ses débuts. Il nous montre qu'on pouvait se transmettre une rente, par exemple. De plus le nombre important de personnes assistant à la signature du contrat nous permet d'entrevoir une famille importante.


Notes


  1. Les hais Maltaires , orthographié Les haies Malterre sur la carte de Cassini
  2.  Avenages: L'avénage (ou avenage) est un vieux mot d'ancien français et du dictionnaire du Moyen Français qui désigne une taxe ou une redevance en avoine. Le terme vient de l'ancien fraçais avene. Ici il désigne les interêts (par opposition au principal)
  3.  La livre était subdivisée en 20  sols. Un sol valait quant à lui  12 deniers.. Il s'agit d'une monnaie de compte. Les paiements étaient fait en n'importe quelle monnaie de règlement. Voir l'article sur wikipedia à ce sujet: Livre, monnaie du royaume de France
  4.  Jean Cillaire : Je ne suis pas certain du nom
  5.  Pierre Coignard, notaire. Je n'ai pas trouvé où dans la liste des études publiée sur le site des archives Mais pour Torchamp, les noms des notairs ne sont pas indiqués. Je regarderai ça lorsque j'irai sur place.
  6.  Cristophe Grypon, notaire: même remarque
  7.  Quante : En ancien français, quante est la forme féminine du pronom ou adjectif quant, issu du latin quantus, qui signifie « combien », « quelle quantité », « quel » ou « combien grand/nombreux »
  8.   de sauye : probablement de saye, tissus de laine épais et grossier.
  9.   Une toile ourdie désigne une toile dont les fils de chaîne ont été préparés et disposés sur un ourdissoir avant le tissage.
  10.  ramortir: En ancien français, le terme « ramortir » dérive du sens d'affaiblir, de rendre moins vif. Ici, il s'agit d'une perte de valeur de la rente
  11.   douere : douaire: Le douaire est un terme de droit ancien qui désigne la part des biens ou des revenus du mari réservée à son épouse pour subvenir à ses besoins en cas de veuvage. Et ici réciproquement.
  12.  discrepte personne: discrète personne, un écclésiastique.
  13.  glose: Dans un contrat de mariage du XVIIIe siècle, la présence du mot glose (parfois écrit glôse ou glause) fait souvent référence à une note, une modification ou un ajout écrit en marge ou entre les lignes du document par le notaire. Ici, au milieu de la deuxième page, à gauche, le nom Meignan est rajouté entre les lignes après Henry. Le notaire l'avait oublié



Source


[AD61 4E30/11] - Torchamp (Orne, France) - Archives notariales (Liasses) | 1726 - 1730


Conseil de révision et tirage au sort

 

Après les guerres de la révolution et de l’empire, mes besoins en hommes de l’armée sont moins importants, mais sont toujours d’actualité. Le service militaire est réorganisé, ainsi que les modalités de recrutement du contingent annuel. Ceci est fixé par la loi Gouvion Saint Cyr de 1818. Elle prévoit une armée de 240 000 hommes, volontaires et appelés confondus. Le service militaire est long, 6 ans, ce qui impose le recrutement de 40 000 homes chaque année. Le service commence le 1er janvier qui suit le conseil de révision.

 

Le recrutement se fait parmi la classe d’âge des jeunes hommes atteignant leurs 20 ans l’année du recrutement. Comme ils doivent rester disponibles, sans engagements, les hommes ne peuvent donc pas se marier tant que le conseil n’a pas statué, et pour ceux qui sont appelé, tant qu’ils n’ont pas effectué leur service. Une fois ce temps effectué, ils restent encore 6 ans affectés au service territorial. Ils sont appelés vétérans, rentrent dans leurs foyers, peuvent se marier. Ils ne sont appelés à aucun service en temps de paix, mais pas en temps de guerre, où ils peuvent être appelés à servir dans leur région militaire. Des exceptions existent à se service territorial (âge supérieur à 32 ans, ce qui pouvait arriver en cas d’ajournement, plus de 12 ans de service, possible pour un engagé avant 20 ans, infirmité grave).

 

Concrètement, les besoins de l’armée sont répartis par cantons (au plus bas échelon). Chaque canton doit dont fournir un certain nombre d’appelés, choisis parmi les jeunes gens ayant atteint l’âge de                 20 ans dans l’année.

 

Le tirage au sort

 

Une séance, présidée par le sous-préfet, assisté des maires des communes du canton, permet de procéder au tirage au sort. La liste des hommes ayant atteint les 20 ans et de ceux qui ont été ajournés l’année (ou les années) précédente est dressée, par ordre alphabétique. Elle est lue à haute voix aux présents (il y a beaucoup d’analphabètes à l’époque) et éventuellement rectifiée en fonction des remarques des présents, et après délibération des maires et du sous-préfet.

On appelle ensuite chacun des hommes de la classe pour qu’il vienne tirer un bulletin dans une urne sur lequel est inscrit un numéro. Le jeune homme peut être remplacé par son représentant légal ou par le maire de sa commune. Le numéro pioché est alors noté au regard de son nom sur la liste. En même temps, on inscrit son nom sur une liste qui, elle, est ordonnée selon les numéros (Elle est donc préparée à l’avance, et même si tous ne seront pas recrutés, tous y figureront). La liste de tirage au sort est publiée ensuite

 

S’il est en bonne santé et a tiré un bon numéro, il est presque sur d’être recruté. Au contraire, s’il a récupéré un numéro élevé, il ne partira probablement pas. Cependant, ce n’est pas encore terminé

  

Conseil de révision

 

Il faut des hommes en bonne santé et de bonne constitution pour faire de bons soldats. Mais il faut aussi assurer la production agricole dans le pays et permettre à chaque famille de vivre. Les cas d’exemption de service sont donc nombreux.

 

Le passage devant le conseil de révision se fait canton par canton, dans l’ordre du tirage au sort. Le cas de chacun des hommes de la classe est examiné, et à l’issue de cet examen, plusieurs issues sont possibles :


L’homme est jugé apte au service. Il fera donc partie du contingent recruté et fera son service militaire, qui commencera le 1er janvier suivant.

 

L’homme est exempté pour raison médicale, et dans ce cas la raison est indiquée (ophtalmie chromique par exemple, sur un des cas illustrant cet article, infirmité…)

L’homme est exempté pour faiblesse de constitution ou taille insuffisante (le minimum requis est 1m54)

L’homme est exempté pour raison familiale (ainé d’une famille d’orphelin, frère d’un soldat en activité, ou d’un soldat tué en opération par exemple)

Certains sont dispensés pour raisons professionnelles (inscrits maritimes, personnels des arsenaux et chantiers maritimes par exemple)

Chacun doit donc, s’il répond d’un cas d’exemption possible, présenter son dossier, établi par la maire de sa commune.

 

L’homme est ajourné. Cela peut arriver en cas d’absence, avec ou sans date d’ajournement.

Enfin un homme peut se faire remplacer. (Voir plus loin) Il dot alors le signaler à ce moment.

 

Le conseil étudie donc les cas individuels les uns après les autres, statuant sur l’aptitude et l’exemption, et s’arrête lorsque le nombre requis pour le canton est atteint.

La liste du canton, dressée dans l’ordre du tirage au sort est remplie au fur et à mesure. Seuls les derniers noms n’ont aucune information portée sur leur ligne. Leurs cas n’ont pas été étudiés, le quota ayant été atteint avant.

 

Remarque : 

Peu d’ouvrier sont recrutés car le travail dès le plus jeune âge en usines et atelier se faisait dans de mauvaises conditions.  Leur développement était freiné par ces conditions, ce qui fait qu’ils atteignaient rarement la taille requise. A cela s’ajoutaient de fréquents accidents du travail, cause de nombreuses infirmités.

 

Le remplacement

 

Il était possible de se faire remplacer. Pour cela, le remplaçant ne devait pas être soumis lui-même aux obligations militaires (ou bien être libéré des obligations militaires. Il devait être en bonne condition physique, avoir moins de 30 ans, ou 35 s’il était ancien militaire). Le remplaçant doit être proposé au moment du conseil. Un jeune homme ayant tiré un bon numéro peut se proposer comme remplaçant.

En cas de défaillance du remplaçant, comme la désertion, le remplacé est responsable pendant une année. Dans ce cas le remplacé remplacera le remplaçant jusqu’à la fin des six années de service. Par contre, si le remplaçant est tué en opération, le remplacé est libéré de toute obligation militaire.

 

 

 

Quelques exemples familiaux :

 

François GOUAULT, François FLEURY, Siméon QUENTIN

François GOUAULT, (né le 12 avril 1825 , soza 52) est de la classe 1845. Il avait tiré le numéro 46 mais a été exempté pour faiblesse de constitution.

 








Patrice Alexandre ROUSSEL
Il n'y a rien sur la ligne qui lui est affectée



Patrice Alexandre ROUSSEL, né le 20 mai 1832, est de la classe 1852. Il a tiré le numéro 92. C’est un bon numéro, son cas n’a pas été étudié car le nombre d’hommes recrutés dans le canton avait été atteint avant

Autres exemples :

François FLEURY, numéro 47, juste après François GOUAULT a lui été jugé apte au service, alors que Siméon QUENTIN, numéro 48, a lui été exempté car frère d’un militaire en activité

 


 En conclusion


Si on ne trouve pas de fiche matricule pour un homme, il est interressant de consulter ces registres. Cela permettra de confirmar qu'il n'a pas fait de srvice militaire, et pour quelle raison. Par contre, si on le le trouva pas là non plus, il faudra le chercher ailleurs. Il a peut-être déménagé.

 

 

Sources :


Aux archives départementales de l’Orne

Dans la série R

 

Délibérations du conseil de révision

 

R530 : Classe 1845

R537 ; Classe 1852

Guillaume Gouault et Elisabeth Vaidier (suite)

 

Le bourg de Saint Roch sur Égrenne


Dans l’article précédent, j’avais exposé le contrat de mariage de Guillaume GOUAULT et Elisabeth VAIDIER. Ceci nous a donné une (toute) petite idée des conditions matérielles de la famille. Mais je n’avais pas donné d’information sur la famille elle-même. Les voilà qui suivent.




 

Guillaume Siméon GOUAULT est né et baptisé le 27 janvier 1780 à Saint Roch sur Égrenne, dans l’ouest de l’Orne, près de Domfront (Aujourd’hui Domfront en Poiraie). Son père, Jean GOUAULT, est qualifié de propriétaire par le curé qui baptise l’enfant. Sa mère se nomme Hélène GÉROUARD. Elle a accouché dans leur maison du village de la Rumine1, à Saint Roch.

 

L'acte de baptême de Guillaume Siméon. Il comence en bas de la page de gauche


Première partie de l'acte de baptême de Pierre, frêre de Guillaume, sur lequel on lit bien le lieu de naissance


Son oncle Guillaume GÉROUARD est son parrain et sa marraine est une de ses cousines, Simone BOULAY.

Il est le dernier des cinq enfants du couple GOUAULT / GERPUARD. (A ma connaissance, mais j’y reviendrai peut-être une autre fois, car je n’ai pas encore fait de recherche sur ce couple et ne peux rien certifier pour le moment)

 

La ferme de la Noé Rousses.Est-ce le même bâtiment ? Je n'en sais rien, mais
c'est de l'ordre du possible

Dix ans plus tard naissait, à quelques kilomètres, celle qui deviendra son épouse. Françoise Élisabeth VAIDIER 2 a vu le jour le 5 février 1790 à la Noë Rousse, dans la paroisse de Passais la Conception (la dénomination actuellement sur les cartes de l’IGN est : Les Noë Rousses, sans s à Noë. 

Il existe aujourd'hui à Passais une ferme nommée ferme  de la Noé Rousse, qui produit des confitures, et est d'ailleurs à vendre)  

Ses parents sont François VAIDIÉ et Marguerite GERMOND, pour lesquels je n’ai pas encore fait de recherche. Son parrain est Pierre VAIDIÉ, son frère. Sa marraine est Françoise CHÊRUEL. Cette famille semble un peu plus aisée que la famille Jean GOUAULT. François VAIDIÉ est marchand, et comme on l’a vu dans l’article précédent (disponible ici) il fera une avance sur sa succession à sa fille lors de son mariage.

 

Acte de baptême de Françoise VAIDIER


 Il est impossible de parles des événements ayant précédé le mariage qui se déroule à Passais la Conception le 19 janvier 1809. Tous deux sont des enfants de la révolution et lorsqu’ils se marient, on est dans les guerres impériales. Guillaume a alors 28 ans et il me faudra vérifier s’il n’a pas été mobilisé un temps dans les armées Napoléoniennes. Le père de Guillaume Siméon est décédé 8 ans plus tôt, le 26 janvier 1799. Lorsqu’il se marie, Guillaume Siméon est dit propriétaire, tout comme l’était son père. Ceci est certifié par le notaire et le curé Mais les actes de naissance de ses enfants le disent systématiquement cultivateur. Cela ne veut cependant pas dire qu’il n’est plus propriétaire. L’ancien régime a été balayé, les dénominations ont changé. Cela donne des idées de recherches à faire dans les actes notariés afin de découvrir quel était son patrimoine, probablement hérité de son père, qui était marchand, et dont il n’a pas suivi les pas.

 .

Jusqu’à son mariage, Guillaume est domicilié à Sint Roch sur Égrenne. Il ira ensuite habiter à Passais la Conception, dans le village de son épousée.

 

Françoise Elisabeth a vécu à Passais tout sa vie. Lors de son mariage son père lui avance la somme de 108 francs. Lui aussi est  propriétaire. Sa famille et celle de son épouse, Marguerite GERMOND, semblent être des familles de quelque importance dans région de Passais. On retrouve d’ailleurs un certain nombre d’actes passés par des porteurs de ces deux patronymes dans les archives de Maître LE ROY, le notaire de Passais (que je suis en train « d’éplucher » (les actes, pas le notaire !))

Il existe même un lieu-dit « La prise Vaidier » à la limite de Saint Roch sur Égrenne et Saint Mars d’Égrenne (pour information, Saint Roch sur Égrenne et Passais la Conception sont distants de 6.5 km à vol d’oiseau, un peu plus si on prend les chemins. Google map donne 2h de trajet à pied, pour nous sur de bonnes routes. Il devait en être de même à l’époque, car même sir les chemins étaient moins praticables, nos ancêtres étaient beaucoup plus entrainés que nous à la marche à pied)

 


Guillaume rejoint Françoise à la Noë Rousse à leur mariage. Ils y restent au moins jusqu’en 1815. C’est en effet dans ce village3 que naissent leurs premiers enfants, à savoir :

Guillaume François, le 07/0/1810

Virginie Françoise, le 08/04/1811

François Auguste, le 08/11/1812

Jean Baptiste, le 24/02/1815

 

Ensuite est né Pierre François, le 07/06/1817, mais l’officier de l’état civil n’a pas précisé à quel endroit. Peut-être est-il né à la Noë Rousse ? Ou bien à la Filière, un autre village de Passais ? où viennent au monde tous les enfants suivants ?

Guillaume et Françoise ont en effet déménagé entre février 1815 et juin 1821. Peut-être étaient-ils à l’étroit dans leur première maison ?

 

Les enfants suivants sont :

 

Joseph, né le 26/06/1821

Marie Jeanne, le 27/09/1823

François (notre ancêtre), le 12/04/1825

Et enfin Françoise Louise, le 26/08/1827

 

Guillaume décède le 14/12/1834 à Passais, dans son domicile de la Filière. Il a 54 ans. Il n’a vu aucun de ses enfants se marier (à ma connaissance, je jour où j’écris ces lignes)

Françoise lui a survécu 8 ans

 

Elle décède le 4 mars1842 à Passais, au village de la Filière, âgée de 52 ans, suivie par Pierre François le 22 du même mois et Jean Baptiste le 22 avril. Ils avaint respectivement de 24 et 27 ans.

Trois décès dans le même village, dans la même famille, en moins de deux mois, cela interpelle. Y-a-t-il eu une épidémie ? Un accident ? L’enquête est ouverte.


Guillaume François s’'était marié le 11/05/1836 au Grand Quevilly, en Seine maritime, avec Éloïse Virginie LEBAUDY, qui lui donnera au moins une fille, Louise Éloïse GOUAULT (née le 11/01/1839 au Grand Quevilly, décédée le 30/11/1898 à Paris 18e)

Françoise n’avait pas pu se rendre au mariage, mais elle était consentante, ce qui a futconstaté par un acte notarié. Il n’y a pas eu de membre de la famille parmi les témoins. Personne n’a probablement pu participer, car c'était trop loin pour l’époque.


 François se marira à Saint Gilles des Marais  le 23/07/1848 avec Marie Madeleine PROD’HOMME, dont nous descendons. Mais ceci est une autre histoire.


Enfin,Françoise Louise convolera avec Jean Baptiste MARTHEL, épousé à Passais le 25/11/1847, avec lequel elle eut de nombreux enfants puis  Marie Jeanne épousera Julien Michel CHAPONNAIS à Saint Mars d’Égenne en 1849.

 

Notes

 

1             La Rumine ; citée dans l’acte de baptême de Guillaume Siméon, mais difficile à lire et dans celui de son frère Pierre (né le 18 mars 1873 à Saint Roch), où il est parfaitement lisible.

 2             L’orthographe est tantôt VAIDIER, tantôt VAIDIÉ. Ayant rencontré la première orthographe en premier, je l’ai conservée pour cet article, pour Françoise. C’est celle qui est utilisée pour son acte de mariage. Par contre j’ai utilisé la deuxième orthographe pour les membres de sa famille. il s’agit de « la forme ancienne », qu’on retrouve dans son acte de baptême

3             Il ne faut pas prendre le mot village comme de nos jours. Il s’agit bien souvent d’un hameau ou d’un lieu-dit situé sur le territoire de la paroisse. Le village au sens actuel est plutôt désigné par le terme "bourg"

  

 

Sources :

Toutes les sources sont consultables en ligne, à l’exception du contrat de mariage, à demander en salle de lecture ou à récupérer dans l’article que je lui ai consacré ici

Archives départementales de l’Orne :

Baptême de Guillaume Siméon GOUAULT : AD 61 3NUMECRP452/3E2_452_4 ( 1780 ) vue 6

Baptême de Pierre GOUAULT : AD 31 3NUMECRP452/EDPT198_16 vues 45 et 46

Baptême de Françoise Elisabeth VAIDIER : AD 61 3NUMECRP324/EDPT194_25 ( 1788-1791 ) vue 110

Naissance de François Auguste : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_10  vue 304

Naissance de Jean Baptiste : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_11 vue 68

Naissance de Pierre François : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_11 vue 140

Naissance de Joseph : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_11 vue 252

Naissance de Marie Jeanne : AD 61 Document 3NUMECEC324/3E2_324_12  ( 1823-1832 ) vue 25

Naissance de Françoise Louise : AD 61 Document 3NUMECEC324/3E2_324_12  ( 1823-1832 ) vue 132

Décès de Guillaume Siméon GOUAULT : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_27  ( 1833 vue 31

Décès de Françoise Elisabeth VAIDIER : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_27  ( 1833 vue 135

 

 Mariage GOUAULT / VAIDIER : AD 61 3NUMECEC324/3E2_324_17 (An XI-1812 ) vue 83

Contrat de mariage : 4 E 150 / 128 (du 03/01/1808 au 30/12/1808)

 Mariage CHAPONNAIS / GOUAULT : AD31 3NUMECEC421/ 2E 421820vue 117

Mariage MARTHEL / GOUAULT : AD 613NUMECEC324/3E 28324821 vue 43

Mariage GOUAULT / PROD’HOMME AD 61 3NUMECEC401/3E2_401_7 vue 51

Mariage GOUAULT / LEBAUDY : AD 76 Grand Quevilly du 01/01/1835 au 31/12/1836, vue 65

Naissance Éloïse Louise GOUAULT: AD 76 Grand Quevilly du 01/01/1839 au 31/12/1839 vue 7

Décès Éloïse Louise GOUAULT : AD 75, 18e arrondissement, recherche par date : du 25/11/1898  au 14/12/1898  vue 12, acte numéro 3859 (cote V4E 10406)


Guillaume Gouault et Elisabeth Vaidier

 Après quelques semaines d’interruption, dues au déménagement d’un de mes fils, auquel a succédé une panne d’ordinateur, je vous propose aujourd’hui de parler du couple GOUAULT – VAIDIER, au travers de son contrat de mariage.  Je complèterai le tableau familial dans un autre article.


Mon Grand Père maternel, Gaston Eugène Maurice ROUSSEL, Papi Maurice pour les intimes avait pour parents Alexis Auguste (dont il est question ici) et Maria Virginie GOUAULT. Ils s’étaient mariés à Domfront (61 – Orne) et les origines de ces deux familles sont localisées autour de cette ville de l’Ouest du département.


Les ascendants en ligne agnatique de Maria Virginie sont (la numérotation soza utilisée ici me prend comme souche de l’arbre)


Maria Virginie GOUAULT (1880 – 1954; soza 13) X Alexis Auguste ROUSSEL (1872 – 1936, soza 12)


Eugène François GOUAULT (1850 – 1902, soza 26) X Félicité Jeanne Françoise FOURÉ ( 1851 – après 1902, soza 27)


François GOUAULT (1825 - ?, soza 52) X Marie Magdeleine PRODHOMME (1821 - ? soza 53)


Guillaume Siméon GOUAULT ( 1780 – 1834, soza 104) X Françoise Elisabeth VAIDIER (1790 - 1842, soza 105)


C’est de ce dernier couple qui se maria le 19 janvier 1809 à Passais la Conception (61 – Orne) dont je parlerai dans cet article.


Il y a peu j’ai dû conduire mon fils à Alençon où il avait des obligations. J’en ai profité pour me rendre aux archives départementales, sans recherches précises à faire car je n’avais pas eu le temps de me préparer. Je me suis donc lancé dans une battue dans les archives notariales. La chance aidant ( et un peu de flair aussi ), j’ai trouvé au début de la première journée, le contrat de mariage de Guillaume et Elisabeth. J’ai récupéré d’autres informations que je dois trier et que je partagerai avec vous ultérieurement.


Je n’ai pas encore fait beaucoup de recherches sur cette famille et cette lignée, mais le contrat de mariage permet de débuter une petite esquisse de qui ils étaient.


Voici la transcription du contrat de mariage

Celui-ci se trouve aux archives départementales de l’Orne, Passais la conception, cote 4 E 150 / 128 (du 03/01/1808 au 30/12/1808)

 

En rouge, les mots dont je ne suis pas sur, en xxx ceux que je n’ai pas pu lire

 


L'an mil huit cent huit, le

quatorze aoust avant midy, au bourg

de Passais, devant nous Pierre Le Royer,

 notaire impérial à la résidence de Passais,

 chef-lieu de canton, arrondissement communal

de Domfront, département de l’Orne

soussigné

Les conditions du mariage

proposé et qui doit être célébré entre

Guillaume Siméon Gauts1

 Propriétaire, fils

de défunct Jean Gauts et de défunté Hélène

Gérouard, natif de la commune de Saint

Roch et y demeurant, d’une part

 

Et Françoise Elisabeth Vaidier, fille

du sieur François Vaidier, propriétaire et

de Dame Marguerite Germond, ses père

et mère, originaire de cette dite commune

de Passais ey y demeurant d’autre

part

 

Ont été réglées et arrêtées

ainsi qu’il suit :

 

1)     1 Ledit Gauts épousera ladite Vaidier

avec tous les droits mobiliers et immobiliers

qui lui peuvent et pourront par la

suite compéter2 et appartenir sauf

à lui à les faire liquider ainsi

qu’il appartiendra

 

2)    2)  Seront lesdits futurs époux commun

en  bien meubles acquêtés et conquêtes

immeubles ( sans avoir égard au surplus ?

apporté par l’un d’eux à la mane de la

communauté

 

3)     3 En cas de mort de l’un desdits


époux sans enfant ou desdits enfants

eux sont sans descendant  xxxx   soit avant  3

Le premier mourant de l’un d’eux

en ce cas nous ont déclaré de faire

donation mutuelle au survivant

en propriété de tous le biens meubles,

effets mobiliers de toute espèce et de toute

 essence qui pourront leur appartenir

chacun d’eux au jour du décès du premier

mourant xxxx par le survivant xxxx

user et disposer propriétés à revenus de xxx

du pré décédé. De même xxxx   par lesdits

futurs époux déclarer se faire donation

mutuelle au survivant de l’usufruit

jouissance de tous ses héritages, biens immeubles

immeubles qui pourront leur

appartenir et à chacun d’eaux au jourd’hui

du premier mourrant pour xxxx le survivant 

dite époux jouir pendant toute sa vie de tous les

héritages et biens immeubles qui pourront

appartenir au pré décédé à charge pour le survivant

de se comporter en sa jouissance comme il

convient et comme doit faire un bon

usufruitier.

 


4)      4Si au contraire, au décès du premier mourant desdits

futurs époux il existe des enfants  xxxxxxx

xxxx haxxxx à leur succession en ce cas il sera

fait  deux lots et partage de tous les biens immeubles

acquêtés et conquêtes immeubles de leur communauté

pour leur xxxx xxxx au bénéfice desdit

enfants et xx xx au survivant  dudit époux qui alors jouira xxx de ses biens

propres xxxx sans préjudice des droits qui

pourront lui appartenir sur ceux de prédécédé

lequel il arrive au terme des xxx et de la

xxx

 

5)    5)  Au présent est intervenu le dit sieur


François Vaidier, père de la future épouse


qui lui apporte à la dot (semble être barré) xxxx en attendant

sa succession pour lui aider (mot rayé) à

monter son ménage la somme de deux

cent huit francs4  qu’il payera au dit futur

 époux le jour précédent leur mariage

parce que ledit Gaults rapportera lors de

l’ouverture de la succession dudit  Vaidier

 ladite somme de deux cent huit francs

au moins xxxx avec les autres héritiers

 xxx lesquelles xxxxxxxxx et conditions

lesdits futurs époux se sont donné la foi

de mariage et promis se marier à la première

réquisition de l’un d’eux

Le présent ainsi clos et arrêté.

 

…………. 5

Frère du dit futur époux, de jean Baptiste xxxx

Courteille, son cousin d’un trois xxx quatre,

Sieur François Vaidier, père de la future,

de Pierre Vaidier son frère, de Jeanne Vaidier

sa sœur et en xx autres présence de Joseph

Coupré, cordonnier et de Jacques Houmard

maréchal de la commune de Passais

témoins signés avec les xxxxxxx xxxx et

nous notaire après lecture

 

Je ne récris pas les noms des signataires. La photo seule suffit.

 




Il y a quelques petites choses que je n’ai pas pu lire, mais la teneur du contrat est tout de même compréhensible. Le mariage ayant lieu en 1809, il est soumis au code Napoléon de 1804 qui prévoit deux régimes matrimoniaux, à savoir le régime dotal, et la communauté. Ici, il n’est pas question de régime dotal. Le notaire lui-même semble avoir hésité et a rayé la mention d’une dot. Nous avons donc un contrat de mariage sous le régime de la communauté, avec 5 points :

Les deux premiers points traitent des biens apportés par les futurs époux, et plus spécifiquement de ceux apportés par la future épouse, sans pour autant les citer, ainsi que de ceux qui seront acquis durant le mariage. Ils deviennent les biens de la communauté, et Guillaume Siméon en disposera comme bon lui semble, car il « épouse Elisabeth et ses biens » !

 

Les deux points suivants règlent la succession du premier décédé, en envisageant le cas où le couple n’aurait pas de descendant vivant au moment de ce décès. Le conjoint survivant est protégé par une donation mutuelle.

Il est à noter que les deux conjoints ont des biens.  Guillaume est propriétaire, le père d’Elisabeth l’est aussi. Il convient donc de protéger ces biens au moment du premier décès.

 

Le dernier point du contrat de mariage fait état d’une somme d’argent de 208 francs que le père de la mariée donnera à sa fille pour monter son ménage. Il s’agit en fait d’un prêt puisque le futur marié devra le réintégrer dans succession de François Vaidier au moment de son décès. Cela ressemble au régime dotal d’ancien régime dans certaines régions.

 

Je complèterai cette esquisse de tableau familial ultérieurement, lorsque j’aurai étudié d’autres sources.


 

Notes :

1 Le notaire a orthographié Gauts, mais lui a bien signé Gouault

2 Compéter : Appartenir, revenir à quelqu’un, en vertu d’un droit

3 Je n’arrive pas à bien lire ce passage, mais je pense qu’il s’agit du cas où il n’y aurait pas d’enfant, ou bien il y aurait eu un (ou plusieurs ?) enfant, décédé (s) sans descendance, c’est-à-dire aucun héritier direct

4 Il n’est pas précisé comment la somme est payée, mais à l’époque les économies étaient bien souvent conservées à la maison, en pièces d’or. Un Napoléon de 1808 de 20 franc contenait 6.45 grammes d’or

5 J’ai raté une photo. Il semble qu’un ligne manque


Source


Archives départementales de l’Orne, Passais la conception, cote 4 E 150 / 128 (du 03/01/1808 au 30/12/1808), numéro 56


L'année d'un laboureur (suite)

La moisson

 En juin et en septembre, en parallèle des moissons, on fauche les prairies afin de faire sécher l’herbe et préparer le foin que l’on va engranger pour nourrir les   bêtes pendant l’hiver. C’est une tâche essentielle à tous les possesseurs de bétail, qu’ils soient éleveurs ou possèdent des animaux pour un autre usage, comme le laboureur.

Les travaux
d’automne suivent. Selon les régions, ils ne sont pas les mêmes. En effet, ici on récolte les pommes de terre, là les betteraves, ou le maïs qui arrive à maturité à cette époque. Dans les régions viticoles, l’heure des vendanges est arrivée. Il en est de même ailleurs, où les pommes, les poires, les fruits secs (noix, noisettes, châtaignes, etc.) sont ramassés.

Une fois les récoltes terminées, on procède à l’échaumage, c’est-à-dire à l’arrachage des chaumes, les tiges restées sur place après la récolte des céréales. Cela permet une meilleure décomposition et limite la prolifération des parasites. 

On procède en cette période à l’épandage du fumier quand on le peut.

Une petite pause pendant le fauchage


L’hiver est plus calme mais il reste des travaux à faire. Le laboureur effectue les labours profonds. C’est une tâche longue et fastueuse. A l’aide de son attelage, il peut s’occuper d’un quart d’hectare environ chaque jour. 

A cette saison on entretient le matériel. On répare, on affute les outils. 

Et bien sur il faut s’occuper des bêtes, qu’il faut nourrir, dont il faut changer les litières et curer les étables, écuries, etc. C’est une tâche essentielle, car l’animal est un bien précieux. C’est la force motrice de l’époque. Il fournit au laboureur sa puissance pour tirer sa charrue, au charretier le moteur de son chariot. 



Enfin, d’autres travaux essentiels ont lieu en hiver. Le vigneron taille sa vigne, les céréales sont battues pour séparer le grain de son enveloppe et de la paille. Dans cette tâche, le laboureur se fait aider par ceux pour qui il a labouré..













On utilise le fléau pour battre les céréales


L’année d’un laboureur



Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le laboureur d’antan n’est pas l’agriculteur d’aujourd’hui. Tout comme de nos jours on distingue de nombreux métiers chez les agriculteurs, tels qu’éleveurs, céréaliers, etc., on distinguait de de multiples niveaux sociaux chez les paysans sous l’ancien régime. Parmi eux, le laboureur occupait une place de choix. Il était en effet un paysan aisé qui possédait au moins un attelage, ainsi qu’un lopin de terre.


Au village, nombreux sont ceux qui n’avaient pas le matériel et les bêtes nécessaires au labour. Une charrue, un cheval ou un bœuf étaient chers. Aussi le laboureur prêtait-t-il sa charrue et son attelage (un cheval ou un bœuf) pour labourer les terres de ces derniers, tandis qu’à leur tour ceux-ci prêtaient leurs bras au moment des récoltes. 


Un laboureur au travail
Le laboureur, qui privilégiait le travail de la terre à l’élevage, disposait d’un bout de terrain qui était souvent insuffisant. Il prenait donc en fermage des terres appartenant à de grands propriétaires, seigneurs, abbayes, bourgeois aisés par exemple, pour avoir une surface correspondante à ses possibilités.  



Nous commençons l’année à la fin de l’hiver. A cette époque de l’année, les jours commencent à rallonger, le froid devient moins vif et finit par laisser la place à la douceur printanière. 

La chandeleur marque ce début de renouveau. C’est la fête des chandelles, c’est-à-dire la fête des lumières. A l’origine, point de crêpe. C’est une fête religieuse pendant laquelle chaque famille apporte sa chandelle l’église pour la bénédiction.  Plus tard, depuis qu’elles firent leur apparition, les crêpes sont servies à la veillée, point final d’une journée qui a vu messe, procession devant les ruches, à l’étable, derrière une chandelle qu’on s’efforce de garder allumée jusqu’à la maison. Si elle arrive allumée à bon port, c’est signe de prospérité. Eteinte ? Il y aura un mort dans l’année à venir !

Le lendemain, le prêtre bénit les semences apportées par les paysans, ou plus souvent les paysannes. Il en garde une partie pour rémunération de ses bons offices.

Le printemps est une période où le travail des champs est intense. Les semis de printemps, légumes et autres sont faits. Ceux qui le peuvent amendent leurs terres avec du fumier, qui est une denrée rare. Les jours s’allongent et les journées de travail sont longues. On surveille les semis nouveaux, les céréales de l’automne précédent (blé, orge, seigle…) 

Bref, on ne chôme pas. 

Outre les bêtes, 
qui fournissent la
force motrice, il faut
une charrue au laboureur

Le paysan est cependant soumis aux conditions météorologiques, et il lui est nécessaire de profiter de la totalité des heures de jour pour abattre le plus de travail possible lorsque le temps est clément. 


Puis l’été arrive. Il est temps de récolter le fruit de son labeur. De la mi-juillet à la mi-août, encore une fois sans date précise, a lieu la moisson. Lorsque les blés sont arrivés à maturité, les paysans les fauchent, puis les battent pour récolter le grain. Le laboureur se fait aider par les autres villageois. Il cultive en effet une grande surface qu’il ne peut faucher seul, le travail se faisant à la main jusqu’au début de la mécanisation, au 19e siècle. Lié en gerbes, le blé est transporté jusqu’à l’aire de battage où le grain est séparé du reste de la plante. Il sera ensuite mené au moulin où il sera transformé en farine, moyennant redevances. 

La récolte des légumes se fait au fur et à mesure de leur arrivée à maturité. Mais c’est plutôt une affaire personnelle, chacun disposant d’un jardin dédié à ces cultures pour ses besoins personnels. Il existe bien entendu des maraîchers pour approvisionner les villes, mais c’est une autre histoire.


A la fin du printemps et en été on récolte aussi de nombreux fruits, dont certains finiront en tartes, en confitures, où seront plongés dans l’eau de vie pour un usage futur.


A suivre.



Les images proviennent de Pinterest


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