Un emprunt sous l'empire

 L’article de ce jour sera bref.

Lorsque nous avons besoin d’entreprendre quelque chose, d’acheter quelque chose, il faut bien souvent trouver de quoi financer notre projet. De même, il nous tombe parfois une tuile sur la tête qu’il nous faut bien financer, de manière impérieuse et urgente. Pour cela il nous suffit de pousser la porte, réelle ou virtuelle, d’une banque ou d’un organisme de crédit pour tenter d’obtenir les fonds nécessaires. Le résultat n’est pas garanti, mais la possibilité est là.

Il n’en a pas toujours été ainsi.


Même si le crédit existe depuis l’antiquité, au moyen âge l’usure, le prêt contre intérêt était interdit par l’Église aux Chrétiens, et donc peu pratiqué. A la révolution Française, en 1789, le prêt à intérêt fut officiellement autorisé. Le taux en était fixé à 5%. L’essor des  grands magasins, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, vit l’apparition du crédit à la consommation. Celui-ci ne se démocratisa cependant qu’à partir des années 1950.


Avant, pour se financer, on ne faisait donc pas trop appel aux banques. Certes, les grandes industries, les états empruntaient à de solides établissements bancaires, car ceux-ci existaient. Mais il y avait aussi (et cela reste vrai) la possibilité d’emprunterentre  particuliers. On en retrouve la trace chez le notaire, car il était nécessaire d'officiliser ces transactions.


Le document présenté en est un exemple. Il a probablement été mis en forme chez le notaire après la transaction initiale entre les deux parties qui ont préalablement  scellé leur accord  en topant devant une chopine de cidre ou de poiré.Il s'agit d'une reconnaissance de dette, et c'est un document assez bref.


Le notaire précise dans son acte le montant emprunté, soit 370 francs. Il précise que l’argent a été donné par le prêteur hors de sa présence , et que cela a été payé en argent métallique. Pas de lettre de change, pas de monnaie papier. Question de confiance. 

Pour se rendre compte de ce que ce montant représente, il suffit de savoir qu’une pièce de 20 francs or de 1810 contient (il en existe encore) 5.81 grammes d’or pur. Si la somme a été payée avec de telles pièces cela fait 107.485 grammes d’or. Le même poids d’or 24 carats vaut environ 12 000 € au moment où j’écris (22/08/2026)


Plus loin les modalités de remboursement sont indiquées clairement. Il n’est pas question d’intérêt, et le montant de chaque remboursement n’est pas indiqué. Il n’y a don peut être pas d’intérêt, et il suffit de diviser par trois pour avoir le montant de chaque paiement. 


Enfin, le prêt est garanti par une hypothèque, dont l’emprunteur devra supporter les frais, et par la présence de deux témoins.

Il ne faut pas douter que le sieur Germont s’est d’abord enquis de la réputation et de de la solvabilité de Michel Le Mée. 

L’histoire ne dit pas à quoi était destiné cet argent, ni s’il a été remboursé, intégralement et dans les délais.


Ci-après la transcription du texte, au demeurant assez facile à lire et comprendre.


Page 1


___ à Germont, le 20 may 1810,                    sans expédition


Par devant nous Pierre Leroyer

Page 1
notaire impérial à la résidence de Passais,

chef-lieu de canton, arrondissement de 

Domfront, département de l’Orne, sousigné

L’an mil huit cent dix, le

premier may avant midy au bourg

dudit Passais

a comparu Michel Le Mée, fils de

feu Siméon Le Mée, demeurantcCommune du Teilleul, département de la

Manche, lequel a reconnu devoir au sieur

Pierre Germont, Mégissier et propriétaire,

demeurant à Mesnil Gouffier, dite commune de

Passais, la somme de trois cent soixante

dix francs qui lui a prêté hors notre

présence en argent métallique de présent ayant

cours ainsi que nous l’a déclaré le dit Le

Mée et s’est obligé à lui rendre en les

mêmes espèces en trois payements égaux

exigibles le premier d’aujourd’hui en un an, 

le deuxième d’aujourd’hui en deux ans et le

troisième d’aujourd’hui en trois ans, jours

fixes, et pour garantir le payement de ladite

somme de trois cent soixante dix francs

ledit Le Mée affert et hipotheque

spécialement une pièce de terre labourable

nommée le petit champ située près le

hameau des grands champs commune du


Page 2


Bois, département de la Manche, touchant

des toute part , le sieur Breillos, _____

Le Mée, le chemin de Teilleul à

sur laquelle pièce ledit Germont pourra [faire ?]  (le mot est dans le plis)

toute inscription _____ au bureau de la

conservation de hipothèque de Mortain          

sous lequel elle dépend. S’oblige ledit

Page 2

Le Mée à tous les frais auquel

pourra donner lieu le présent


Fait et passé en présence de

Jean Le Bigot, menuisier et Jacques Hamard

maréchal, tous deux de Passais

témoins signés avec ledit Le Mée

Nous dit notaire après lecture


Signatures :

Michel Le Mée

Jacques Hamard

J. Bigot

Le Royer



Remarque


Dans nos aïeules, il y a Marguerite Germont, qui donna naissance à une fille en 1790 à Passais la conception,  et décéda après 1809. Je ne sais par contre pas (encore) si elle est apparentée à Pierre Germont.

Référence:


Archives départementales de l'Orne,  4 E150/130, notariat de Passais la conception, 1810 (du 10/01 au 24/12), numéro 55


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