François Vaidie et Marguerite Germont. 1ère partie

Après les articles sur la famille de Guillaume Gouault et Elisabeth Vaidie, qui vécurent un temps à la Noë Rousse, paroisse puis commune de Passais la Conception, et sur Anne Vaidie, qui vécut elle aussi à la Noë Rousse chez son frère François, père d'Elisabeth, il est temps d’écrire à propose de celui-ci et de son épouse, Marguerite Germont.


Il me faut vous faire part d’un petit doute que j’ai maintenant, concernant la Noë Rousse. Je pensais qu’il s’agissait uniquement d’une ferme, mais c’est en réalité un hameau, un des villages de la paroisse de Passais. On distingue même deux villages, la Noë Rousse et la Noë Rousse Vaidie, tous deux portés sur les cartes. Ceci ne met cependant pas en cause les articles précédents. Guillaume Gouault et Elisabeth ont bien vécu à la Noë Rousse, et Anne Vaidie résida bien chez son frère après le décès de son époux.


Ne vous méprenez pas.
Il ne s'agit
pas de Marguerite

J’ai trouvé plusieurs documents concernant “un François” Vaidie. Le dis bien “un” car François Vaidie, dont nous parlerons aujourd'hui et fils de François Vaidie et père de deux enfants qu’il a prénommé François. S’il est certain que les documents dont je parle ne concernent pas les enfants, il ne m’est pas possible de les 'attribuer au père ou au fils sans une étude plus approfondie, d’autant plus qu’il y a au moins un autre François Vaidie à Passais ou sur une paroisse proche. Une tradition familiale. 


D’autre part, François et Marguerite ont eu seize enfants, dont beaucoup sont décédés en bas âge ou encore jeunes. 


De son côté, Marguerite Germont est semble-t-il descendante d’une famille de petite noblesse, selon des renseignements obtenus récemment. Ce point reste à vérifier.


C’est la raison pour laquelle François et Marguerite feront l’objet de deux , voire de trois articles.

Après ce long préambule, voici le premier d’entre eux.


François Vaidie (mon soza 210) est né le 16 décembre 1748 à Passais la Conception, Orne, à la Noë Rousse, au cours d’un hiver assez doux. Son père lui a transmis, outre son nom, son prénom. Sa mère était Marie Juliard. Le grand-père de François s’appelait lui aussi François. Notre François avait de plus quatre soeur dont Anne dont il a été question dans l’article précédent (Il me reste à vérifier les informations sur le Grand père et les trois autres soeurs)


Marguerite Germont elle aussi est née à Passais, le 20 février 1749. Ses parents étaient André et Marthe Colin. Ses parrain et marraine étaient Julien et Marguerite Germont, qui signent tous les deux l’acte de baptême et que l’on retrouvera lors du mariage.


Comme d'habitude, on ne connaît rien de direct concernant leur enfance. 


François et Marguerite se sont mariés jeunes, en 1767, à 19 ans. Un contrat de mariage a été établi par Maître Joseph Le Royer, notaire royal à Passais, et membre d’une dynastie notariale qui officia longtemps à Passais. 



PAGE 1


1 L’an mil sept cent soixante sept, le quatrième 
2 jour de juin au lieu de Mesni Goufié (1) en la paroisse
3 de Passais, après midy, devant nous notaire royal
4 soussigné
5 Pour régler et areter les conventions du futur
6 mariage communié et esperé être fait sy Dieux (e)t notre
7 Mère la Sainte Eglise quatholique apostolique et romaine
8 Le consent et permettent, entre François Vaidie,
9 journalier, fils de François et de Marie Julliard ses
10 père et mère, d’une part, avec Marguerite Germond
11 fille d’André et de Marthe Colin ses père
12 et mère d’autre part, tous de cette paroisse
13 lesquels futurs en présence et du consentement
14 de leurs père et mère, parents et amis cy après
15 soussignés et marqués se sont donnés la foy
16 de mariage et promis se fiancer et épouser à la
17 première réquisition verbale que l’un deux
18 en fera à l’autre, les cérémonies de notre

 
PAGE 2


1 mère l’Eglise préalablement observées et pourvu
2 qyicluy mariage soit fait et accomply
3 Ont été présents André Germont et Marthe Colin
4 père et ère de ladite (a)ffidée tant en leur succession
5 mobillière quimobillière mais qua venir
6 en quelque lieu et province que ce puisse être
7 luy ont prmi la somme de cinq cent livres
8 payable par lesdits promettants en les termes qui
9 suivent, scavoir du jour des épousailles ______
10 cnquante livres, et ainsy pareille somme de cinquante
11 livres dans un an et apareil jour, jusquau parfait
12 paiement de ladite somme de cinq cent livres
13 et pour atrousseler la dite Marguerite Germond
14 leur fille, lesdits promettants ont promis les
15 meubles qui suivent, scavoir, un lit, composé
16 d’une couette et un traversin de trelit remply de plume
17 mélée, demy tour de lit de damas de Caux, une douzaine
18 de draps de toile et demy de toile de menage, une douzaine
19 de serviette de toile de lin, une nappe d’une aulne
20 et demie de même touaile, un demy coffre tenant
21 environ deux boisseauxfermant de clef de divers bois

PAGE 3

1 six livres detain commun employé,
2 un habit nuptial suivant son état et condition
3 sans comprendre  ce que ladite affidée peut avoir de
5 peculim et bon ménage, tous lesquels meubles  cy dessus
6 ont été estimés par les parties à la somme de soixante
7 dix livres, laquelle demeure aussy bien que le principal
8 consignées et remplacées sur tous les biens meubles
9 et immeubles dudit futur, venus qu’à venir, se montant
10 les dittes sommes cy dessus à la somme de cinq cent soixante
11 dix livres et ___ ____ ___ les dits futurs se sont
12 respectivement gagés douaire lun lautre lequel commencera
13 à courir du jour de la dissolution de leur mariage
14 sans qu’il soit besoin d’en faire aucune demande judiciaire
15 que le présent, mais sy ledit affidé venait à décéder
16 avant son père, pour lors laditte Marguerite Germond
17 ne pourroit exiger pendant la vie dudit Vedie père que
18 la somme de quinze livre de douaire et ses autres
19 droits de dote, et après la mord dudit Vaidie
20 père elle auroit plain douaire sur tout son revenu
21 mais comme ledit affidé est actuellement résident avec son père
22 il est convenu qu’en cas quils vinse à se quitter ledit
23 Vaidie père lui a abandonné à sa vie durant à la
24 ditte Marguerite Germond, une maison manable située
25 dans le bourg de Passais, où est actuelement  résident


PAGE  4


1 Pierre Brault, avec la portion de jardin estimée
2 à neuf livres de revenus annuel ainsy que tout ce que dessus
3 Les parties demeurées d’accord après lecture en présence de Charles
4 Fiault et de Pierre Bault, de la paroisse de Passais
5 témoins à ce requis, quatre mots raiés en haut de  la page est écrit
6 six le tout approuvé

Signatures

F. Vaidie, Marguerite Germond

F, Vaidie, André Germond   Marie Juliard
Pierre Germond

G. Germond  Julien Chenes
Jean Boudonnet    Marie Vaiedier
Anne Vaidis   Margrite Germond
J. Melier,

S. Sallé         Claude Fiault
Anne? Chesnel

Joseph Le Royer   (Le notaire)

Marques de Anne Sallé et Marthe Colin (mère épouse)



Cet acte nous décrit, comme souvent, les biens matériels dont disposera la couple pour son installation. Mais le paiement de la dot étalé sur 10 ans est aussi une assurance de disposer de liquidités pendant un certain temps avant de devoir assurer tout tout seul. On comprend aussi à la lecture de ce document que François Vaidie père a des biens. En effet, il est convenu  que si son époux venait à décéder avant son père, alors ce dernier devrait prendre la relève pour le douaire (2) de la veuve, sans que celle-ci puisse prétendre à une rente supérieure à quinze livres (3). Mais comme François fils vit avec François père, il est prévu que, si le fils quittait le père (pour habiter ailleurs), et décédait   avant son père, alors Marguerite Germont aurait à sa disposition une maison manable, c’est à dire une maison à usage d’habitation principale, pouvant lui procurer un revenu annuel de 9 livres. Donc si son mari et son beau père venaient à décéder, ses jours seraient assurés.


La lecture du contrat se suffit à elle-même pour connaître l’étendue de ce dont ils disposeront pour meubler leur logement. Il faut savoir que l’étain, dont on ne donne que le poids, est en réalité composé d'assiettes, de plats et autres ustensiles de cuisine. 


Plusieurs choses concernant le vocabulaire, voire la prononciation locale, sont intéressantes dans ce document: 


Page 1, ligne 6: Communié: Le mot a ici le sens de mis en commun. Le mariage est la mise en commun de deux patrimoine, la création d’une communauté


Page 2, ligne 3 L’affidée: Ici ce mot n’a pas le sens péjoratif qu’il a actuellement. Il signifie “la promise”

Page 2, ligne 13 Atrousseler signifier fournir un trousseau

Page 2, ligne 16 Trelit: Une sorte de toile solide

page 2, ligne 20 toile est écrit touaile. Un indice sur la prononciation.

page 3, ligne 4 peculium mot déjà archaïque à l’époque, désignant le pécule

page 3, ligne 4 et bon ménage: signifie qu’on a fourni à la future l’ensemble des objets nécessaires à l’entretien de son domicile.


La dernière page est couverte d’un certain nombre de signatures, notées à la fin de la transcription.


Les deux premières signatures à la fin du contrat sont celles des promis. 

Les deux suivantes sont celles des pères des promis. On remarque que les deux françois, le père et le fils, signent tous les deux f. Vaidie. Il y a peu de différence entre les deux. Mais peut être est ce suffisant pour les distinguer 

Marie Juliard signe elle aussi, mais Marthe Colin ne peut qu’apposer sa marque


parmi les signataires, on note celles de Jean Boudonnet et Anne Vaidie, les protagonistes du précédent article, d’une Margrite Germont, probablement la marraine de Marguerite, et d’un J. Germont, peut-être son parrain.

D’autres membres des deux familles signent, ainsi que des amis. 


La signature du contrat de mariage était donc un événement important, qu’on pourrait presque comparer au mariage civil actuel. On y trouve d’ailleurs la même formule qu’on va retrouver dans l’acte de mariage lui même: 


Les futurs mariés se sont donnés la foi du mariage.


C’est aussi l’alliance entre deux familles, presque plus qu’entre deux personnes. Et même si François est dit journalier, c’est probablement parce qu’il n’est pas encore majeur (Il n’a pas encore 20 ans)


Regardons maintenant l’acte de mariage, qui a eu lieu peu de temps après.









1
François Vaidie, fils de François et Marie Juliard agé 2 d’environ vingt ans, et Marguerite Germond fille d’André et 3 Marthe Colain agée d’environ vingt un ans, tous deux de cette paroisse 4 après les fiancailles et les trois publications de bans faittes en leur droit 5 aux prônes de nos messes paroissiales par trois différents dimanches sans 6 opposition ou empechement quelconque à nous connus se sont donné 7 la foy de mariage et ont reçu de nous curé soussigné la bénédiction 8 nuptiale le vingt trois juillet mil sept cent soixante sept presence 9 de François Vaidie père de l’affidé et André Germont aussi père de l’affidée                 et Guillaume et Julien Germont et Julien 10 Chesnel et autres parents et amis à ce témoins soussignés
Signatures F Vaidie, Marguerite Germont, en première ligne F Vaidie, Julien Chesnel, André Germont, J Germont, G Germont, Pierre Germont F Sallé, Nicolas Sallé Marthe Colin Et de nombreux autres


Cet acte est des plus classique. Son seul réel intérêt, outre le fait qu'il confirme que la mariage a bien eu lieu et nous en donne la date, est  dans les signatures qui y figurent. On retrouve les signatures des mariés et celles de leurs pères, ce qui fournit des exemples supplémentaires, avec celles figurant au bas du contrat, pour tenter d’identifier les personnes impliquées dans les documents dont j’ai parlé en début d’article.

C’est ainsi que se termine ce premier papier. Dans le prochain, je vous parlerai des enfants du couples et d'événements qui se sont déroulés à Passais pendant cette période.



Notes

(1) Mesnil Gouffier
(2) Le douaire est une rente payée à une veuve, préparée et organisée avant le décès de son mari. Une sorte de pension de réversion avant l’heure? 
(3) A titre de comparaison, la solde d’un soldat de la milice à Lille 2à ans plus tôt était de 12 livres l’an. 


Sources


Archives départementales de l'Orne

Contrat de mariage: Notariat de Passais,     4E 150/85, en ligne sur Généanet, vue 53
Acte de mariage: Passais,                            3NUMECRP324/EDPT194_20 ( 1761-1769 ) vue 152
Acte de naissance François :                        3NUMECRP 324 / EDPT 194 vue 84
Acte de naissance Marguerite:                   3NUMECRP324/EDPT194_18 ( 1745-1753 ) vue 100

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