Le Mans, un ville ecclésiastique au XVIIIe siècle

 Un petit article aujourd’hui concernant la ville du Mans, préfecture de la Sarthe et anciennement capitale du Maine


Les informations que je présente ici sont tirées du Dictionnaire universel de la France, de Robert DE HESSELN, et reflètent la perception de cette ville à la fin du XVIIIe siècle. 


Mettons nous à la place de celui qui cherche des informations sur Le Mans, à la fin du XVIIIe siècle. Il peut lire dans l’ouvrage précité, les informations suivantes:

Tout d’abord quelques précisions géographiques:


Le Mans est la capitale de la province du Maine, située sur la rivière Sarthe, à 10 lieues d’Alençon, 17 de Tour; 20 d’Angers et 50 de Paris (la lieue étant une unité de mesure d’ancien régime assez variable, je ne convertis pas en kilomètres. La lieue de Paris, qui est probablement celle utilisée ici, valait 4444,5 mètres. Il est d’ailleurs fort probable que les voyageurs de l’époque comptaient en journées de voyage plutôt qu’en lieues)


La route partant de Paris au Mans passe par les villes suivantes:


Houdan, 

Dreux, 

Chateau-neuf, (je garde l’orthographe de l’auteur)

Rémalard, 

Bonne-étable  avant de joindre Le Mans.


Suite à ces précisions, l’auteur informe des institutions présentes au Mans:


Dessin de la Cathédrale du Mans
Gallica


Cette ville est le siège d’un évêché suffragant de Tour, d’un présidial, d’un bailliage, d’une élection, d’un grenier à sel, d’une maîtrise particulière des ponts et chaussées, d’une maréchaussée, d’une juridiction consulaire (voir notes, plus bas)


Elle a environ 12 000 habitants, et son évêché est ancien, datant du règne de Constantin (272 - 337). Le diocèse contient 696 paroisses, 16 abbayes d’homme et 5 de femmes, et rapporte 26 000 livres de rente au prélat qui est à sa tête.


Portrait au crayon du Cardinal
Philippe de Luxembourg
par Louis Boudan
XVIIe siècle , BNF
Dpt des manuscrits


La seule indication architecturale donnée dans l’article concerne l’église Saint Julien, dont l’horloge, construite par le Cardinal Philippe de Luxembourg ( 1445 - 1519, évêque du Mans de 1477 à 1498 )  est qualifiée de merveilleuse. Il décrit ensuite le chapitre de l’église dont les membres sont assez nombreux.


La ville compte elle même 16 paroisses sur les 696 du diocèse, 4 abbayes (3 d’hommes, une de femmes) et d’autres communautés d’hommes et de femmes, ainsi qu’un séminaire. 


Un collège dirigé par des religieux complète le tableau. Ouvert en 1624, on y enseigne les humanités, la philosophie et la théologie. 


Comme on voit, les institutions religieuses sont nombreuses, comme on pouvait s’y attendre pour le siège d’un évêché.


L’auteur passe ensuite à la sénéchaussée et au présidial de la ville, précisant que les fonctions de plusieurs “postes” ont été regroupées entre les mains du Lieutenant Général, qui s’occupe des affaires civiles, et du Lieutenant de police, qui, comme son nom l’indique, s’occupe des affaires criminelles. Déjà des problèmes budgétaires ?


Quelques lignes informent de l’économie locale, à savoir les fabriques d’étamines (dites du Mans, voir note ), le blanchiment de la cire et la fabrique de bougies .


Plusieurs foires se tiennent chaque année, presque toutes pour les bestiaux. Les plus importantes étant celles qui se tiennent le 29 mai et celle de la Saint Julien.


Il cite ensuite quelques personnes célèbres originaires du Mans:


  • Le Père Marin de Mersenne, Saint théologien et mathématicien
  • Le Père Bernard Lam, écrivain religieux
    Portrait de Louise Labé en Jeanne d'Arc
    attribué à Nicolas Denisot,

  • Brodeau et Blondeau, jurisconsulte (voir note)
  • Nicolas Denisot, peintre et poète
  • Martin Cureau de la Chambre, médecin


Nous pouvons ensuite lire un peu de l’histoire de la ville:


Il s’agit d’une des villes les plus anciennes de France.  Elle a souffert des incursions Vikings, des guerres entre les comptes d’Anjou et les ducs de Normandie, d’incendies, de la guerre de cent ans  et des guerres de religion. 


La ville ainsi que le plat pays avoisinant on subit de gros dégâts lorsqu’elle s’est rangée du côté de la ligue sous Henri II. Elle fut alors occupée par le maréchal Bois Dauphin pour la “défendre”. Il y fit de gros travaux pour renforcer les défenses, dont les coûts ont été supportés par la population. Mais il détruisit aussi de nombreuses maisons à l’intérieur de la ville en les incendiant, et de nombreux dégâts à l’extérieur. 


La description de la ville faite dans le dictionnaire universel de la France s’arrête là. Comme on a pu le voir, elle comporte une grosse partie concernant les institutions religieuses et royales. Les informations économiques sont peu nombreuses.


Il n’y a pas d’indication concernant l’auteur de l’article. 


Rappel:


L’enceinte de la ville du Mans est d'époque Gallo Romaine. Il en subsiste de beaux vestiges.


Notes


  •  Évêché suffragant: Dans l'Église catholique, un suffragant est un évêque, diocésain ou non, qui dirige l'administration d'un diocèse sous la supervision de son archevêque. Le terme s'applique par extension au diocèse d'un évêque suffragant
  • Présidial: Tribunal d'appel des bailliages ordinaires, érigés en 1552 dans les bailliages les plus importants, et jugeant des affaires de modeste importance.
  • Bailliage:  Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, circonscription administrative et judiciaire de la France, placée sous l'autorité du bailli
  • Élection: Dans le royaume de France de l'Ancien Régime, on appelle pays d'élection ou élection une circonscription financière soumise à la juridiction d'officiers royaux appelés élus.
  • Grenier à sel: Les greniers à sel, créés en 1342, sont des entrepôts pour le sel de gabelle. Ils sont aussi des tribunaux pour juger les litiges sur la gabelle jusqu'à la valeur d'un minot (soit environ 52 litres). Les quantités supérieures sont du ressort des cours des aides.
  • Maîtrise particulière des ponts et chaussées: Une des subdivisions du corps des ponts et chaussées sous l’ancien régime
  • Maréchaussée: La Maréchaussée était un corps de soldats des armées françaises, initialement chargé de la police militaire et de la justice au Moyen Âge, puis élargi aux responsabilités civiles.
  • Juridiction consulaire: Juridiction d'Ancien Régime créée au XVIe siècle, formée de juges élus, qui sont tous des marchands choisis par leurs pairs, compétente en matière de commerce.
  • Étamine: L'étamine est un tissu lâche, fait de crin, de soie, de laine ou de fil d'autres matières, mince et souple, pouvant également être métallique.
  • Jurisconsulte:  "Jurisconsulte " désigne une personne ayant une grande maîtrise du droit et de la jurisprudence et prodiguant des conseils en la matière.  Il désigne toujours les professeurs, auteurs, et penseurs du droit. À la différence des juristes, les jurisconsultes sont des experts reconnus du droit. Ils sont souvent professeurs d'université, auteurs d'ouvrages de droit et conseillers des législateurs.


Sources

Dictionnaire universel de la France, de Robert DE HESSELN, volume 4, page 108

Wikipedia



Dans l'assiette des Lillois de la fin du 18e siècle

 Il est évident qu’à la fin du XVIIIe siècle on mangeait essentiellement local à Lille, comme partout ailleurs, en ce qui concerne les produits frais, les légumes, et autres denrées ne pouvant pas facilement être conservées. 


Dans le dictionnaire de Robert DE HESSELN, publié  à la fin du XVIII ème siècle, on trouve une partie concernant les aliments disponibles à Lille dans le chapitre concernant cette ville.


L’auteur de l’article est un officier en poste à Lille à cette époque


En voici un petit résumé


Les pauvres se nourrissent ordinairement de viandes de mauvaise qualité, dont du porc salé, ainsi que de poissons obtenus à bas prix, car peu frais.

A cela ils ajoutent pommes de terre, choux, haricots et autres légumes.


Les produits laitiers; beurre, lait, fromage,  sont bien évidement présents dans l’alimentation courante; ainsi que la soupe.


Notre auteur semble ne pas trop apprécier la nourriture commune, mais apprécie le pain qu’il dit être bon.

La boisson courante est la bière au début des repas suivis par du vin. 


Les Lillois boivent aussi une bière légère au travail, qu’ils qualifient de petite bière. Il faut dire que l’eau disponible, provenant des cours d’eau et des sources avoisinants est peu propice à la consommation. L’eau est en effet peu claire, trouble. Il en est de même des eaux de fontaines. Les habitants n’ont pas l’habitude de la filtrer par des fontaines sablées ou d’autres dispositifs comme cela se fait ailleurs dans le royaume


Le peuple a à sa disposition deux qualités de pain: Le pain bis et le pain parisien. L’auteur précise que ce dernier est moins bien fait qu’à Paris mais qu’il est bon, sans poids déterminé et qu’il est cher.


On trouve bien entendu d’autres viandes que le porc salé qui a été évoqué plus haut. Les boucheries proposent comme partout ailleurs bœuf, veau et volailles, mais à des prix similaires ou plus élevés que dans la capitale.


Grâce à la proximité des ports d’Ostende, de Calais et de Dunkerque, il est aisé de se procurer toute
conservation des harengs en caque, ici au  XIVe siècle
Wikipedia


sorte de poisson, dont cabillauds, merlans, soles, esturgeons et saumons, ainsi que limandes, morues, harengs frais et salés. 


On peut aussi se procurer moules, huîtres, écrevisses et autres crustacés. La mer n’est pas top éloignée, ce qui permet cet approvisionnement. 


Les poissons de rivières sont aussi au menu. Anguilles, carpes, brochets et autres proviennent des cours d’eau voisins, la Deule, la Lys, la Scarpe, etc. Mais l’auteur de l’article, qui les a goûté précise qu’ils ont goût de vase. Il ne semble guère les apprécier. 


La campagne alentour fournit du froment, du seigle, du colza et d’autres céréales et plantes oléagineuses, ainsi que du lin en abondance pour les industries textiles. Les fruits, dit il, sont abondants, mais d’une médiocre qualité en raison du climat.



La cuisine est une cuisine au beurre et au saindoux. L’huile est peu utilisée.

L’habitude est de cuire longtemps les viandes pour des raisons de salubrité. Il n’y a en effet, à l’époque, pas de moyen de conserver viandes et poissons autres que la salaison et la fumaison. Mais tout ne se sale pas et ne se fume pas. 


Partout dans le pays, la cuisine est faite au feu de bois, majoritairement au sol, et même si le les fourneaux apparaissent au cours du XVIIIème siècle, ils ne sont pas encore généralisés et ne se répandent que peu rapidement, chez les plus aisés. Les fours sont quand à eux rares et chers.


On cuisine donc au feu de bois, le plus souvent au sol ou dans la cheminée, le plus souvent de la soupe et des ragoûts. La cuisson est longue, la viande bouillie longtemps lorsqu’on peut en acheter. Si un morceau de viande parfume la soupe, il peut servir deux ou trois fois…


D’où les pots au feu,  poules au pot et autres carbonnade (attestée de manière sure au XIXe siècles, mais d’origine beaucoup plus ancienne selon certains auteurs)


On fait alors 3 repas chaque jour:


Le petit déjeuner le matin, à base de lait et de pain.

Le dîner à midi

Le souper le soir 


Quelques recettes:


Waterzoi

Welsh

Carbonade flamande


Et peut être tout aussi anciennes que les précédentes:


Coq à la bière

Flamishe


Source


Dictionnaire universel de la France, de Robert DE HESSELN, article Lille (1771) , en cinq volumes

On trouve le volume 5 sur Gallica, les autres sont disponibles sur google books


Domfront, Saint Front, Lucé, ...

 Aujourd’hui, je vous parle en quelques lignes de la région d’origine de la famille ROUSSEL, les ascendants de mon Grand Père maternel Gasto...