Après les guerres de la révolution et de l’empire, mes besoins en hommes de l’armée sont moins importants, mais sont toujours d’actualité. Le service militaire est réorganisé, ainsi que les modalités de recrutement du contingent annuel. Ceci est fixé par la loi Gouvion Saint Cyr de 1818. Elle prévoit une armée de 240 000 hommes, volontaires et appelés confondus. Le service militaire est long, 6 ans, ce qui impose le recrutement de 40 000 homes chaque année. Le service commence le 1er janvier qui suit le conseil de révision.
Le recrutement se fait parmi la classe
d’âge des jeunes hommes atteignant leurs 20 ans l’année du recrutement. Comme ils
doivent rester disponibles, sans engagements, les hommes ne peuvent donc pas se
marier tant que le conseil n’a pas statué, et pour ceux qui sont appelé, tant
qu’ils n’ont pas effectué leur service. Une fois ce temps effectué, ils restent
encore 6 ans affectés au service territorial. Ils sont appelés vétérans,
rentrent dans leurs foyers, peuvent se marier. Ils ne sont appelés à aucun
service en temps de paix, mais pas en temps de guerre, où ils peuvent être
appelés à servir dans leur région militaire. Des exceptions existent à se
service territorial (âge supérieur à 32 ans, ce qui pouvait arriver en cas d’ajournement,
plus de 12 ans de service, possible pour un engagé avant 20 ans, infirmité
grave).
Concrètement, les besoins de l’armée
sont répartis par cantons (au plus bas échelon). Chaque canton doit dont
fournir un certain nombre d’appelés, choisis parmi les jeunes gens ayant
atteint l’âge de 20 ans dans
l’année.
Le tirage au sort
Une séance, présidée par le sous-préfet,
assisté des maires des communes du canton, permet de procéder au tirage au
sort. La liste des hommes ayant atteint les 20 ans et de ceux qui ont été
ajournés l’année (ou les années) précédente est dressée, par ordre
alphabétique. Elle est lue à haute voix aux présents (il y a beaucoup d’analphabètes
à l’époque) et éventuellement rectifiée en fonction des remarques des présents,
et après délibération des maires et du sous-préfet.
On appelle ensuite chacun des
hommes de la classe pour qu’il vienne tirer un bulletin dans une urne sur
lequel est inscrit un numéro. Le jeune homme peut être remplacé par son représentant
légal ou par le maire de sa commune. Le numéro pioché est alors noté au regard
de son nom sur la liste. En même temps, on inscrit son nom sur une liste qui,
elle, est ordonnée selon les numéros (Elle est donc préparée à l’avance, et
même si tous ne seront pas recrutés, tous y figureront). La liste de tirage au
sort est publiée ensuite
S’il est en bonne santé et a tiré
un bon numéro, il est presque sur d’être recruté. Au contraire, s’il a récupéré
un numéro élevé, il ne partira probablement pas. Cependant, ce n’est pas encore
terminé
Conseil de révision
Il faut des hommes en bonne santé
et de bonne constitution pour faire de bons soldats. Mais il faut aussi assurer
la production agricole dans le pays et permettre à chaque famille de vivre. Les
cas d’exemption de service sont donc nombreux.
Le passage devant le conseil de
révision se fait canton par canton, dans l’ordre du tirage au sort. Le cas de
chacun des hommes de la classe est examiné, et à l’issue de cet examen,
plusieurs issues sont possibles :
L’homme est jugé apte au service. Il fera donc partie du contingent recruté et fera son service militaire, qui commencera le 1er janvier suivant.
L’homme est exempté pour raison
médicale, et dans ce cas la raison est indiquée (ophtalmie chromique par exemple,
sur un des cas illustrant cet article, infirmité…)
L’homme est exempté pour faiblesse
de constitution ou taille insuffisante (le minimum requis est 1m54)
L’homme est exempté pour raison
familiale (ainé d’une famille d’orphelin, frère d’un soldat en activité, ou d’un
soldat tué en opération par exemple)
Certains sont dispensés pour raisons professionnelles (inscrits maritimes, personnels des arsenaux et chantiers maritimes par exemple)
Chacun doit donc, s’il répond d’un
cas d’exemption possible, présenter son dossier, établi par la maire de sa
commune.
L’homme est ajourné. Cela peut arriver en cas d’absence, avec ou sans date d’ajournement.
Enfin un homme peut se faire
remplacer. (Voir plus loin) Il dot alors le signaler à ce moment.
Le conseil étudie donc les cas
individuels les uns après les autres, statuant sur l’aptitude et l’exemption,
et s’arrête lorsque le nombre requis pour le canton est atteint.
La liste du canton, dressée dans
l’ordre du tirage au sort est remplie au fur et à mesure. Seuls les derniers
noms n’ont aucune information portée sur leur ligne. Leurs cas n’ont pas été
étudiés, le quota ayant été atteint avant.
Remarque :
Peu d’ouvrier
sont recrutés car le travail dès le plus jeune âge en usines et atelier se
faisait dans de mauvaises conditions. Leur développement était freiné par ces
conditions, ce qui fait qu’ils atteignaient rarement la taille requise. A cela s’ajoutaient
de fréquents accidents du travail, cause de nombreuses infirmités.
Le remplacement
Il était possible de se faire
remplacer. Pour cela, le remplaçant ne devait pas être soumis lui-même aux
obligations militaires (ou bien être libéré des obligations militaires. Il
devait être en bonne condition physique, avoir moins de 30 ans, ou 35 s’il
était ancien militaire). Le remplaçant doit être proposé au moment du conseil.
Un jeune homme ayant tiré un bon numéro peut se proposer comme remplaçant.
En cas de défaillance du
remplaçant, comme la désertion, le remplacé est responsable pendant une année.
Dans ce cas le remplacé remplacera le remplaçant jusqu’à la fin des six années
de service. Par contre, si le remplaçant est tué en opération, le remplacé est
libéré de toute obligation militaire.
Quelques exemples familiaux :
![]() |
| François GOUAULT, François FLEURY, Siméon QUENTIN |
![]() |
| Patrice Alexandre ROUSSEL Il n'y a rien sur la ligne qui lui est affectée |
Patrice Alexandre ROUSSEL, né le
20 mai 1832, est de la classe 1852. Il a tiré le numéro 92. C’est un bon
numéro, son cas n’a pas été étudié car le nombre d’hommes recrutés dans le
canton avait été atteint avant
Autres exemples :
François FLEURY, numéro 47, juste
après François GOUAULT a lui été jugé apte au service, alors que Siméon
QUENTIN, numéro 48, a lui été exempté car frère d’un militaire en activité
En conclusion
Sources :
Aux archives départementales de l’Orne
Dans la série R
Délibérations du conseil de révision
R530 : Classe 1845
R537 ; Classe 1852



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